Une flûte enchantée et pédagogique au Chatelet

Publié le par Antonin

 

 

Tout les amoureux de l’opéra s’accorderont sur un point : il faut élargir son public, et d’abord aux plus jeunes, sous peine de le voir disparaître. L’ouverture tarifaire est pour cela une voix indispensable mais non point suffisante. Offrir des places à prix réduit pour Wozzeck de Berg ou la Ville morte de Korngold, deux œuvres particulièrement exigeantes, voilà qui ne saurait suffire à initier les publics peu connaisseurs. Pour cela, il faut non seulement des tarifs, mais encore des productions adaptées, et pour ainsi dire pédagogiques.

 

Il n’y avait qu’à voir la mine réjouie des très nombreux enfants venus assister à la Flûte enchantée de Mozart au théâtre du Châtelet pour comprendre que cette mission, au moins, était parfaitement remplie. Un opéra musicalement très accessible, joliment chanté, respectueusement monté, il n’en faut pas plus pour émerveiller la jeune génération. Les spécialistes diront sans doute qu’il n’y avait rien là que de très classique. Il y a pourtant quelque paradoxe à trouver Mozart trop classique… D’autant que le classicisme n’empêche pas l’imagination, comme ce ruban virevoltant qui tient lieu de dragon au début, ce lion gigantesque mû par un marionnettiste qui traverse la représentation, ou ces arcades mouvantes qui servent de décor à l’ouverture.

 

Au service de ce travail d’instruction publique de grande qualité, un plateau de chanteurs que j’ai quelques difficultés à juger tant les places du fond de l’orchestre (deuxième catégorie !) ont une acoustique détestable. On retiendra un duo de héros juvénile et entraînant, dominé par la très belle Pamina de la soprano française Sandrine Piau. Le Sarastro de Petri Lindroos peine un peu dans le grave, mais sa voix a toute la majesté qui convient au personnage. Quant à la reine de la nuit de Uran Urtnasan Cozzoli, sa voix a du caractère et de la personnalité, chose relativement rare dans ce rôle suraigu, mais elle n’est pas exempte de quelques défauts techniques.

 

Pas que quoi atténuer l’enthousiasme de ce public rajeuni. Tant d’enfants dans une salle d’opéra ne passent pas inaperçus : chuchotements, cris, agacement et « chut » émaillent la représentation, mais le silence qui accompagne les airs de la reine de la Nuit ou de Sarastro montrent que les exploits techniques qu’ils représentent et leur grande valeur musicale n’ont rien perdu de leur capacité à subjuguer jusqu’aux plus jeunes. Et si les enfants sont contents…


La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, au téâtre du Châtelet les 1er, 3 et 4 octobre 2009.

Publié dans Théâtre du Chatelet

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