Netrebko enflamme Pleyel

Publié le par Antonin

 

 

Ils étaient deux sur la scène, mais elle était seule à l’affiche. Salle Pleyel, face à Anna Netrebko, star internationale et maîtresse entre toutes de l’art de la communication, le modeste ténor italien Massimo Giordano ne faisait pas le poids. Faiblement mis en valeur par la programmation, le ténor s’en tient au rôle de faire-valoir dans les duos, mais montre vite ses limites en solo, comme lorsqu’il s’attaque au fameux « Che gelida manina » extrait de la Bohème de Puccini, où les aigus sont poussifs et le style terne.

 

Rien n’a été fait pour mettre en valeur celui dont la présence semble surtout souligner le vide laissé par le retrait contraint de Rolando Villazon, partenaire habituel de la soprano. Quant à elle, son statut de diva du moment concentre sur elle les attentions et parfois les critiques, plus ou moins légitimes (ainsi le dernier numéro de Classica reproche-t-il à la cantatrice son annulation de la première date du concert salle Pleyel, mis sur le compte des caprices de la diva, alors qu’elle était en congé maternité…). L’attente est forte, mais on n’est pas déçu. Certes, la jeune Russe joue à fond la carte de la sensualité, et le charme qu’elle opère ne tient pas qu’à la beauté du timbre. Ainsi lit-on sous la plume de Christian Merlin pour le Figaro : « L'amateur d'art lyrique aime avoir le cœur qui chavire… Mais écoutons-la sans la regarder : une jolie voix, certes, chaude et fruitée, mais peu personnelle, pas toujours souveraine dans les vocalises, d'une diction souvent floue. Rien de rédhibitoire, rien d'inoubliable ».

 

Je ne rejette pas en bloc cette analyse qui pointe des défauts parfois bien perceptibles. Mais le procès en beauté peut aussi être injuste, et il me paraît absurde de fermer les yeux devant un spectacle dont l’une des qualités essentielles est de porter aux nues la symbiose entre la chaleur de la voix et la sensualité du corps. Dans l’air de la lune extrait de la Rusalka de Dvorak, point culminant du récital, la rondeur de la voix, la mélancolie de la musique et la sensualité de la femme se marient avec une telle harmonie qu’on touche à une forme de grâce, et qu’on serait bien en peine de disséquer dans cette alchimie ce qui revient à chacun de ces éléments.

 

Si l’on atteint parfois des sommets, c’est en dépit d’un contexte peu propice à mettre en valeur la diva. Outre le ténor Massimo Giordano, la chef d’orchestre Keri-Lynn Wilson, passée le plaisir de voir enfin une femme à la tête d’un grand orchestre, fait pesamment claironner les pages orchestrales qui émaillent la soirée, au point de faire brutalement redescendre sur terre le public transporté par les airs de Netrebko.

 

Enfin, il faut souligner que la programmation de ce catalogue de tubes de l’art lyrique a été conçu en dépit du bon sens. Commencer par le  Roméo et Juliette de Gounod était déjà une gageure, qui ne laisse aucune place à la montée en intensité dramatique d’une soirée consacrée à l’opéra romantique. Mais enchaîner sans transition l’air poignant du début de Lucia di Lamermoor chanté par Netrebko avec la fameuse « furtiva lagrima » de l’Elixir d’amour de Donizetti, voilà qui explique sans doute la très terne impression laissée par le ténor. C’est d’autant plus regrettable qu’on ne peut que louer l’effort des chanteurs pour donner à leur récital une forme de théâtralité en ne restant pas figés au centre de la scène. Mais l’intensité dramatique d’un récital tient surtout à la programmation qui, clairement, a été bâclée dans sa conception comme dans son ordonnancement.




Anna Netrebko et Massimo Giordano, en concert à la Salle Pleyel, le 1er octocre 2009

Publié dans Salle Pleyel

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Elsa 25/02/2010 20:10


Cher Antonin,
hope your English is better than my French. Observed the French reactions on these 3 Cesare concerts, and was, of course, horrified from your reactions on our beloved German CT and his coming off
so badly. I was inspired to a video as a comment, where I borrowed your foto-montage (which - I don’t know - you did used ironcaly too?) and you may find also quotations from your blog. Greetings
form Elsa, Vienna
http://www.youtube.com/watch?v=sh-mzIh6yoM