Si tu ne vas pas à la Scala, la Scala ira à toi. En attendant, donc, ce point d’orgue de mon voyage au pays de Verdi, avec ma visite dans ce haut lieu de l’opéra (prévue en décembre), c’est avec
le Requiem de Verdi, dirigé par Daniel Baremboim, un spectacle de la Scala en tournée mondiale, en visite à la Salle Pleyel.
Sans être vraiment méconnu, le Requiem de Verdi est une œuvre largement sous-estimée, et ce pour deux mauvaises raisons. On dit souvent que ce compositeur dont la vie a été consacrée à l’opéra n’a qu’incomplètement franchi le pas de la musique sacrée, se contentant en quelque sorte de composer un nouvel opéra sur un livret sacré. Témoin la théâtralité prêtée, à tort ou à raison, à ce Requiem dont le programme de la Salle Pleyel lui-même annonce qu’il est plus humain que divin. Sauf que reprocher à une œuvre vocale, fût-elle sacrée, sa théâtralité, est aussi absurde que de reprocher aux Confessions de Saint-Augustin leur caractère littéraire, ou à la Chapelle Sixtine de Michel Ange d’être de la peinture. La théâtralité est constitutive du chant, ce n’est pas rabaisser la musique sacrée que de le dire, mais c’est sous-estimer le pouvoir du théâtre que de prétendre l’inverse. Si le Requiem inspire successivement la terreur dans le Dies Irae, la joie dans le Sanctus, ou la peine dans le Lacrime, qui mieux que le théâtre peut créer les conditions d’un tel passage d’une émotion à l’autre ? Quoi de plus théâtral qu’un Dies irae, fût-il de Mozart ?
Autre argument, corollaire du premier, l’agnostique Verdi aurait écrit une sorte de Requiem profane, finalement trop extérieur à la foi pour être chargé en spiritualité. Là encore, qu’il me soit permis d’en douter. Peu m’importe en réalité de connaître les sentiments profonds de Verdi quant à la religion catholique. Mais deux choses sont sûres : la première, c’est que ce Requiem est porteur d’un véritable déchirement lié à une disparition, et d’une émotion dont l’authenticité est perceptible. Ensuite, il suffit d’entendre le Dies Irae pour se convaincre qu’à défaut, peut-être, d’une foi sincère, Verdi était animé par un profond respect pour la spiritualité chrétienne.
Une spiritualité qui explose sous la direction d’un des chefs les plus charismatiques du répertoire. Daniel Barenboïm, Juif israélien,
grand artisan du dialogue israélo-arabe, a lui aussi une approche extérieure de la spiritualité chrétienne. Une approche théâtrale, certes, mais sans artificialité, et tellement élevée, presque
mystique. Les sorfzando frisent parfois avec des effets faciles, comme ces trompettes disposées dans la salle, qui figurent presque explicitement les trompettes de l’Apocalypse. Mais à la tête
d’un orchestre et d’un chœur qui ont beaucoup mois faibli qu’on ne le lit parfois, il parvient à donner une remarquable cohérence à une œuvre dont le seul défaut reste une certaine
hétérogénéité.
Du côté des solistes, on n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur. Y domine la solide soprano Barbara Frittoli, milanaise elle aussi, dont l’expérience dans le chant sacré et la puissance vocale assurent la présence. La théâtralité de la mezzo-soprano Sonia Ganassi paraît en revanche affectée, dans la gestuelle comme dans les effets vocaux, ce qui pourrait prêter le flanc aux critiques que nous dénoncions. A contrario, la basse René Pape, qui remplace au pied levé Kwangchul Youn, semble étrangement peu engagé, comme extérieur à une alchimie musicale qu’il n’a pas construite dans la durée avec ses partenaires. Le ténor Jonas Kaufmann excelle lui toujours quand il s’agit de chanter mezza voce, d’où un Ingemisco de très grande classe, mais il peine un peu à imposer la virilité de sa présence dans le Kyrie qui marque pourtant son entrée dans la messe.
Bref un spectacle de grande qualité, dont je sors plus impatient que jamais d’en retrouver les principaux protagonistes (Daniel
Baremboïm, Jonas Kaufmann, les chœurs et orchestre de la Scala) dans leur antre milanaise, pour y chanter Carmen. Rendez-vous le 10 décembre.
Requiem de Verdi, à la Salle Pleyel le 15 novembre 2009, Choeur et orchestre de la Scala, sous la direction de Daniel Baremboïm.
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Si la Fenice, maintes
fois renée de ses cendres, focalise l’attention des touristes, c’est bien au théâtre Malibran, qui portant alors le nom de Teatro San Giovanni Grisostomo, lieu moins charmant mais mieux préservé,
à deux pas du Rialto, que l’opéra de Haendel fut créé en 1709. Salle moins faste mais mieux agencée (on voit enfin la scène), acoustique correcte sans plus, façade plus dissimulée, et moins
tape-à-l’œil, le Teatro Malibran n’en propose pas moins une programmation musicale de qualité comparable avec celle de l’illustre Phoenix.
chant parfaitement maîtrisée, un
aigu facile, quoique sans doute encore un peu haut en poitrine, un timbre clair, fougueux et déjà bien marqué, un jeu de scène plein d’entrain, voilà un jeune dont on réentendra certainement
parler.
Le théâtre Regio de Parme qui
accueille l’essentiel de l’événement est un haut lieu de l’opéra digne des plus grandes salles d’Europe. Une acoustique particulière, presque trop brute, qui donne l’impression d’être au premier
rang même du plus haut des balcons et une forme oblongue avec cinq étages de corbeilles, mauvaises pour les torticolis mais excellentes pour l’acoustique sont les principales particularités de ce
haut lieu de l’Emilie, à quelques kilomètres du lieu où Verdi a passé le plus clair de son existence. Dans de telles conditions, on comprendra que le ton exigeant qui est celui de mon blog laisse
ici un peu la place au plaisir de redécouvrir Verdi dans un lieu mythique si beau et si propice.