Juan Diego Florez fait son (petit) retour à Paris

Publié le par Antonin

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C’est une star du Bel canto qui fait cette fin de saison un retour en force dans le paysage lyrique parisien. Après des succès critiques considérables en particulier à New-York, Juan Diego Florez a posé ses valises en France. On le verra au mois de juin à la Bastille pour chanter une rareté de Rossini, la Dona del Lago, avant de le retrouver aux chorégies d’Orange aux côtés de Natalie Dessay avec qui il a connu ses plus beaux succès outre-atlantique. Et pour inaugurer cette série, la star péruvienne était à la salle Pleyel le 29 mars pour des retrouvailles avec ses inconditionnels.

 

Première déception, le retour du ténor après plusieurs années d’absence n’a pas déplacé les foules : de larges pans du parterre restent vides lors de son entrée en scène. La soirée donnera raison aux absents. Pour ceux qui avaient dans l’oreille le précédent passage du ténor rue du Faubourg Saint Honoré, il y a deux ans, la déception était grande.

 

D’abord parce que Juan Diego Florez n’est pas très en voix. Une intoxication alimentaire, expliquera-t-il dans son français plus qu’approximatif avant de mettre fin prématurément à la soirée après un seul bis. Mais dès les premières notes, on sent en effet que la voix n’est pas au sommet. Le timbre conserve de sa clarté, et de son brillant, mais avec un brin de rigidité, et des aigus un peu forcés parfois qui ne sont pas familiers de ce ténor dont la facilité est la principale caractéristique. Cette impression initiale va en se confirmant, en particulier dans les véritables airs de ténor lyrique qui closent la soirée comme « Pour me rapprocher de Marie » extrait de la Fille du régiment ou « Viens gentille dame » extrait la Dame blanche.

 

Plus que jamais, pourtant, c’est l’aigu de ce champion du contre-ut qui transporte les foules, les cris de joie de la salle résonnant en écho et en proportion des exploits vocaux du triomphateur. Et il est vrai qu’il y a de quoi être impressionné, surtout lorsqu’on l’entend toussoter entre les airs. Mais tout cela est si peu nuancé, si peu varié, si monocolore, qu’il y a aussi de quoi s’ennuyer.

 

Florez-Pleyel-2.JPGD’autant que le programme, démesurément ambitieux, recouvre une infinie variété stylistique qui exigerait au contraire d’aborder chacun de manière différente. Une fois de plus, la série « les grandes voix » préfère mettre en avant les compositeurs et les extraits les plus populaires Gluck, Rossini, Donizetti, sans le moins du monde se soucier de la cohérence musicale. Je n’ai pas pour ma part d’opposition de principe à entendre un pur belcantiste tel que Florez s’attaquer à Gluck. Son « j’ai perdu mon Eurydice » ne manque d’ailleurs pas de charme, même s’il est aux antipodes de l’esthétique baroque. Mais enchaîner les deux airs de Gluck avec trois extraits de l’Otello de Rossini est le meilleur moyen d’affadir l’un ou d’aplatir l’autre, surtout lorsque ces compositeurs si éloignés l’un de l’autre sont chanté dans une parfaite continuité que rien ne vient perturber sinon les allers-retours-applaudissements du chanteur et de son pianiste qui scandent la soirée avec un systématisme un peu agaçant.

 

Plus en forme et plus en voix, Juan Diego Florez reste certainement un grand ténor belcantiste. Même si ses excursions hors de son domaine de prédilection peuvent charmer ici ou là, elles ne sauraient être qu’un appoint, une curiosité, un bis de fin de spectacle. Bref, le ténor vaut mieux que ce qu’il a montré ce soir.

 

 

Juan Diego Florez, en récital à la Salle Pleyel le 29 mars 2010.

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