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Salle Pleyel

Vendredi 7 mai 5 07 /05 /Mai 19:13

Photo Felix Broede pour DG 

 

S’il est difficile d’atteindre les sommets dans un art aussi exigeant que l'opéra, il est plus difficile encore d’y remonter quand on en a chu. C’est pourtant le pari de Rolando Villazón, après divers problèmes vocaux et une opération des cordes vocales qui l’a tenu éloigné des scènes pendant plus d’un an. Après un retour intimiste et inégalement reçu au Théâtre des Champs Elysées, Villazón nous reprend là où il nous a laissés, en rattrapant à la Salle Pleyel un récital consacré à Haendel dont l’annulation avait marqué l’an dernier le début de ses difficultés.

 

Une fois n’est pas coutume, j’aborderai le compte-rendu de cette soirée de façon chronologique, tant ce retour longuement attendu a produit d’impressions contradictoires, qu’il serait abusifs de synthétiser dans une réponse trop claire à la question que chacun se posait : la page des difficultés vocales du ténor mexicain est-elle tournée ?

 

Le taux de remplissage de la salle manifeste l’érosion de la popularité de celui qui avant ses problèmes de santé pouvait remplir un stade à Berlin aux côtés de Plácido Domingo et Anna Netrebko à Berlin en 2006. Si les vides du parterre sont rapidement comblés par quelques opportunistes descendus des balcons, l’érosion commence, comme sur un front qui se dégarnit par le haut et par les côtés.

 

Tout commence avec l’arrivée de la Reine de Saba, extraite de Solomon, magnifiée par les Gabrieli consort et leur chef, à la fois sobre et d’une précision de métronome, Paul MacCreesh. Un orchestre spécialisé dans ce répertoire, aux cordes tendues jusqu’à crisser, aux tempi vifs et sautillants, d’une exactitude presque trop irréprochable qui ne se démentira pas un seul instant jusqu’à la fin du spectacle.

 

L’entrée de Villazón vient apporter à cet ensemble un supplément de théâtralité et d’âme, à la fois grain de folie et grain de sable dans les mécaniques parfaitement huilées de cet orchestre de spécialistes. Mais cela ne va pas sans heurt. Ca commence très fort avec un  « Fatto inferno è il mio petto » d’une intensité sans égale : presque cueillie à froid, la salle retient son souffle pendant que les notes d’arrondissent, envahissent l’espace sans perdre en intensité ni en nostalgie. Il y a certes un choc de culture entre cet orchestre baroque de métier, au flegme tout britannique, et ce chanteur au sang chaud, bouillonnant, au vibrato bien peu baroque et à l’exubérance bien peu haendelienne. Mais dans ce passage triste, la tragédie y trouve des accents de vérité peut-être anachroniques mais ô combien émouvants.

 

Puis l’on retombe, et même d’assez haut. En passant à Serse, dans un rôle particulièrement bas qui ne correspond guère à sa tessiture, Villazón ressemble à un sportif blessé qui appréhende la reprise et ménage tellement son organe fragilisé qu’il y perd ce qui a fait son succès. La difficulté à descendre dans le grave s’entend au point de produire quelques notes Lucy Croweà la limite de la justesse, et l’exubérance qui continue à se manifester ne parvient plus à emballer une machine grippée par ses limites techniques. Et d’un coup à nouveau, les critiques souvent entendues, parfois justifiées, qui s’étaient fait entendre sur l’inadéquation de ce timbre solaire et typé à la musique de Haendel, semblent reprendre toutes leur vigueur.

Dans ce moment de désarroi, on peut heureusement se consoler avec l’entrée en scène de la jeune soprano anglaise Lucy Crowe, qui parvient à merveille à tirer de cette position de chauffeuse de salle destinée à meubler la scène pendant que la star se repose la voix, et produit une performance remarquable dans les deux grands airs de Cléopâtre extrait du Jules César de Haendel. Beaucoup plus proche des canons de l’esthétique baroque, la jeune soprano se fond à merveille dans l’harmonie des Gabrieli Consort. Ce qu’on perd en exubérance, on le gagne en cohérence, ce qu’on perd en flamboyance, on le gagne en netteté. L’ovation qui salue son « Da tempeste » au début du deuxième acte résonne comme un signal adressé par la salle à la star de la soirée, comme pour souligner qu’elle peut en donner plus s’il en fait davantage.

 

Pourtant, dès après l’entracte, Villazón a repris son ascension vers les sommets, plus patiemment, plus en douceur, ramenant à son style et à son personnage inimitables un univers qui n’est pas le sien. Et le charme opère progressivement, grâce en particulier à son « Ciel e terra » extrait de Tamerlano, enflammé et drôle, tendu et teinté d’auto-dérision. Un petit fléchissement pour le trop attendu « Ombra mai fu » offert en premier bis, avant un second bis, une reprise de « Ciel e terra », plus exubérante encore que la première, qui enflamme littéralement la salle. A ce moment, toutes les brides, les conseils de retenue, semblent oubliées. Villazón est bien de retour. Son médecin le lui reprochera sûrement. Pas nous.

 

 

Rolando Villazón en récital à la Salle Pleyel, avec Lucy Crowe, Gabrieli Consort, Paul MacCreesh, le 6 mai 2009.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Samedi 10 avril 6 10 /04 /Avr 18:55

 

Saimir-Pirgu-et-Nathalie-Manfrino.jpg

 

Les salles parisiennes sont souvent frileuses à l’idée d’exposer en récital des chanteurs dont la notoriété ne soit pas éprouvée par des années de scènes. C’est sans doute le domaine où l’audace est la plus inexistante, les seules vedettes pouvant espérer avoir les honneurs d’une soirée complète. Chacun peut le regretter, mais non point s’en étonner lorsqu’on voit le peu d’engouement que suscite à Paris la présence en tête d’affiche de noms un peu moins connus, comme ceux de la soprano française Nathalie Manfrino et du ténor albanais Saimir Pirgu. Deux espoirs de l’opéra mondial qui à moins de trente ans s’affrontent au grand répertoire, prenant de front les couples mythiques Villazón-Netrebko ou Alagna-Georghiu sur leur propre terrain.

 

Si l’affiche méritait mieux qu’une salle aux deux tiers pleine, on ne saurait non plus parler d’une révélation. Les points positifs y sont pourtant nombreux. Et d’abord une programmation plutôt bien pensée, où les grands airs du répertoire sont agencés dans une progression musicale et dramatique qui va au-delà de la simple juxtaposition de tubes. Certes, on aurait pu rêver d’un peu plus d’originalité dans le choix des extraits. La première partie, consacrée à l’opéra français, ne nous réserve aucune surprise, du duo de Saint Sulpice de Manon au duo de l’alouette et du rossignol de Roméo et Juliette en passant par l’inévitable « pourquoi me réveiller » de Werther. Et pas davantage d’originalité dans la partie italienne du répertoire, en particulier du côté du ténor qui ne nous épargne ni la « furtiva lagrima » ni la « donna mobile ». Réjouissante en revanche était l’introduction dans ce programme attendu d’un très bel extrait des Capuletti e i Montecchi de Bellini « Oh ! Quante volte ».

 

Saimir-Pirgu-2.JPGC’est de toute façon du côté féminin qu’on trouvera le plus de satisfaction de la soirée : Saimir Pirgu a certes un CV plus impressionnant à seulement vingt-huit ans. Il sera par exemple Alfredo à Covent Garden dès le mois de mai. Mais soit qu’il ait insuffisamment programmé son concert (c’était à l’origine le ténor italien Francesco Meli qui était annoncé), soit par défaut d’engagement, soit encore par manque d’affinité avec le répertoire français, il semble détaché et mal à son aise. La voix est certes facile, ample, mâle, mais tout cela manque de subtilité : les aigus passent en force, les nuances sont inexistantes, le legato manque de souplesse. Pour faire frissonner la salle, le ténor peut toujours utiliser l’arme absolue du contre-ut, mais c’est un artifice bien inoffensif quand il s’agit de chanter Manon.

 

Si elle est capable de sortir un suraigu presque crispant à la fin du « Dis-moi que je suis Nathalie-Manfrino.jpgbelle » de Thaïs, Nathalie Manfrino est plus subtile. Et mieux pourvue pour le chant français qu’elle a l’avantage de chanter sans accent. Mais c’est aussi dans l’opéra italien, dont elle est moins réputée spécialiste, que la jeune soprano révèle tout son potentiel, avec notamment un « Addio del passato » tout en nuances. La voix peut sans doute s’épaissir dans le medium, s’affermir dans les rôles les plus dramatiques, mais la chanteuse possède à n’en pas douter un potentiel, qui devrait lui permettre d’apparaître bientôt sur les grandes scènes qui ne lui ont pas encore toutes ouvert leurs portes.

 

Seule faiblesse de la soirée, l’Orchestre national de Lille et surtout la direction de Patrick Fourmillet, à la fois routinière et pesante, imprécise et peu imaginative. Tantôt écrasant les chanteurs avec des percussions omniprésentes, tantôt pas assez rigoureux dans le soutien, avec des tempi improbables quand ils ne sont pas illisibles. Sans parler de l’agaçant maniérisme du chef d’orchestre qui semble le seul transporté par la cacophonie de son ouverture du Roméo et Juliette de Gounod.

 

La presse qui s’était enthousiasmé de la performance de ces deux chanteurs dans la lumière de Plácido Domingo lors des représentations de Cyrano de Bergerac de Franco Alfano au Châtelet, n’a pas suivi ce duo prometteur hors  l’éclairage de la star espagnole. Le public non plus. Et c’est bien dommage.

 

 

Nathalie Manfrino et Saimir Pirgu en concert à la Salle Pleyel le 8 avril 2010.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Dimanche 28 mars 7 28 /03 /Mars 14:41

Rosemary Joshua, Sara Mingardo, Andrew Tortise, Roderick Williams
 

L’année Haendel est terminée, mais le Messie est immortel. Depuis longtemps la plus connue des œuvres du grand compositeur est jouée, rejouée, relue, ressuscitée, repensée, si bien qu’on se demande parfois ce qu’une nouvelle lecture peut bien apporter à un oratorio qui fêtera ses deux cent cinquante ans l’année prochaine. Et en tout cas, il est permis de douter que le Concert spirituel et son directeur musical Hervé Niquet soient les mieux placés pour renouveler notre lecture de cette œuvre.

 

Hervé Niquet (photo Salle Pleyel)C’est en effet à un drôle de mélange que se livre le chef d’orchestre, à mi-chemin entre plusieurs écoles interprétatives, sans que ces demies-mesures puissent s’assimiler à un dépassement de ses prédécesseurs. Au contraire, si le Concert spirituel et Hervé Niquet ont repris à la tradition baroqueuse le retour des instruments anciens et un certain type de couleurs, il conserve des tempi lents et une certaine pesanteur beaucoup plus proches des interprétations traditionnelles. On mettra à leur crédit une assez grande variété doublée d’une absence réelle de dogmatisme qui permet d’épouser la diversité de l’œuvre.

 

Il faut enfin mettre au crédit de cette interprétation les grandes qualités du chœur du Concert spirituel, qui parvient à un équilibre de tous les types de voix, au point d’être capable d’une palette de nuances d’une rare souplesse. L’orchestre est moins irréprochable, surtout si l’on considère les effarants grésillements du clavecin, pénibles au point qu’on n’entend parfois qu’eux.

 

Terminons par un mot des chanteurs, séduisants sur le papier, mais finalement assez décevants. Dans l’ordre décroissant, la seule vraie bonne surprise vient du baryton-basse Roderick Williams, à la voix franche et généreuse, précise et sonore. La soprano Rosemary Joshua a également quelques beaux atouts à faire valoir, grâce à un timbre clair et très pur. En revanche, malgré de belles références et une voix hors norme par sa facilité dans le grave, la contralto Sara Mingardo semble étrangement peu impliquée, ne se donnant même pas la peine de donner à sa voix le volume dont elle est manifestement capable, mais sans que cet intimisme s’harmonise avec la lecture générale d’Hervé Niquet. On aimerait pourtant réentendre cette voix étonnante plus impliquée et mieux soutenue. Quant au ténor Andrew Tortise, il est carrément transparent.

 

Bref, si le spectacle n’est pas désagréable, il ne décolle presque jamais même si on doit encore une fois souligner les grandes qualités du chœur. Mais après une année Haendel qui nous a réservé quelques excellentes surprises, on semble retombé dans la routine.

 

 

Le Messie de Georg Friedrich Haendel, à la Salle Pleyel le 26 mars 2009.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Jeudi 11 février 4 11 /02 /Fév 00:48

 

Giulio-Cesare-Pleyel.JPG




Ils représentent à eux trois près de 80 % du marché du disque baroque de ces dernières années. Andreas Scholl, Cecilia Bartoli, Philippe Jaroussky. Jamais depuis les Trois ténors on n’avait vu réunis à la scène une telle brochette de stars, et jamais sans doute, la salle Pleyel n’avait vu ses guichets à ce point pris d’assaut pour un spectacle baroque. Spectacle d’un luxe presque insolent, Jules César en Égypte de Haendel avait ce mardi soir un arrière-goût un peu troublant. Certes, le spectacle connaissait des sommets musicaux vertigineux, mais on ne pouvait s’empêcher, devant cet effet d’empilement de noms prestigieux de s’interroger sur la « peopolisation » de l’opéra baroque, et sur le côté un peu mondain de l’enthousiasme délirant d’une foule qu’on n’est pas accoutumé à croiser si nombreuse dans les salles baroques.

 

Trois stars de cette importance ne pouvaient manquer d’attirer leurs groupies, pressées d’en découdre à l’applaudimètre. Malheur à eux, la durée exceptionnelle du spectacle – plus de 4 heures 30 – contraint la salle Pleyel à demander au public de retenir ses applaudissements pour permettre aux rares spectateurs qu’un taxi n’attend pas à la sortie de regagner leurs pénates en transports en commun. La consigne tiendra une heure.

 

Cecilia-Bartoli.jpgLes fans de Cecilia Bartoli sont les premiers à lancer les hostilités : un « brrravissima » lancé par un groupie de la cantatrice à la fin de l’aria « Non disperar » est rapidement étouffé par les « chut » des autres camps. Mais échaudés d’avoir été devancés, ce sont ceux de Philippe Jaroussky qui surenchérissent, en saluant « cara speme, questo core » d’une ovation géante. « On s’en fout des lois » beugle à côté de moi une mamie hystérique, qui semble prête à arracher son soutien-gorge et à le faire tourner en l’air. Dès lors, les hostilités sont lancées, et ni les réticences des quelques banlieusards qui voient leur RER s’échapper, ni l’empressement de William Christie à enchaîner les airs ne pourront plus arrêter le flot d’enthousiasme d’un public ravi. Verdict de l’applaudimètre : Cecilia Bartoli l’emporte d’un cheveu grâce à l’ovation de plusieurs minutes qui salue en bout de course son magnifique « Da tempeste il legno infranto ». Elle saute sur la ligne un Philippe Jaroussky qui tenait pourtant la corde, mais qui ne tient pas la distance à cause d’un rôle, celui de Sesto, moins mis en valeur par Haendel en fin d’œuvre. Quant à Andreas Scholl, favori des bookmakers du fait de son rôle-titre, il termine à une décevante troisième place, soit que son fan-club ait été moins présent, soit qu’une partie ait déserté, emportée par la tornade Jaroussky.

 

Ironie mise à part, il était difficile en sortant de démêler l’enthousiasme contagieux qui gagnait tout spectateur dans cette ambiance surchauffée et une certaine gêne. Certes, les artistes enAndreas-Scholl.jpg présence méritent une admiration sans réserve pour ce qu’ils ont apporté, chacun, à la musique baroque et au-delà. Pourtant, il ne suffit pas d’aligner les plus grandes stars, leur succès fût-il fondé, pour produire comme par magie le spectacle idéal – le Real Madrid de Zidane, Beckham et Figo nous l’a appris en son temps. Un opéra est une alchimie qui a plus besoin d’harmonie que de surenchère de talents individuels. Les meilleurs solistes ne font pas toujours les meilleurs interprètes de musique de chambre, et les plus belles voix ne produisent pas forcément les mariages les plus harmonieux.

 

En l’occurrence, l’un des effets collatéraux du phénomène vocal qu’est Philippe Jaroussky est de faire apparaître le vétéran Andreas Scholl un peu en retrait pour ne pas dire en dedans. Une impression bien injuste quand on connaît le personnage, mais il est indéniable qu’en particulier dans l’aigu, les deux contre-ténors n’ont pas les mêmes facilités. Plus puissant, plus agile, plus haut, celui de Jaroussky donne en comparaison l’impression d’une trop grande retenue dans le chant d’Andreas Scholl. Pourtant, cette retenue n’est que l’habit d’un monde de subtilité, de nuance et de beau chant. La voix est plus rugueuse et moins haut placée, mais elle nous fait voyager dans un monde intermédiaire fait de virilité et de sensibilité, de passion et de guerre. Un portrait tout en couleur et en nuance du César de Haendel.

 

Philippe-Jaroussky.jpgA contrario, l’agilité et l’aisance hors du commun d’un Jaroussky manquent parfois de caractère. Pour tout dire, si l’on ne peut que s’incliner devant la performance vocale, on se demande parfois si une femme ne ferait pas aussi bien l’affaire : à trop bien s’affranchir des limites masculines, cette voix androgyne finit par perdre en partie ce qui fait la valeur et la spécificité de cette tessiture étonnante qui est celle du contre-ténor. Pour autant, la confrontation avec la magnifique voix grave de Nathalie Stutzmann offre un contraste saisissant qui sonne extrêmement juste pour rendre la relation mère-fils de Cornelia et Sesto : leur duo « Son nata a lagrimare », sans doute le sommet de l’opéra de Haendel, est un moment de pur étonnement.

 

Reste la tête d’affiche de la soirée, la dernière diva des temps moderne, l’incandescente Cecilia Bartoli. Me pardonnera-t-on de lui trouver un vibrato un peu trop large pour chanter Haendel ? Mais le rôle de Cléopatre si fort, si démesuré et si changeant, ne peut qu’être habité par le tempérament de feu de cette cantatrice hors du commun. Les minauderies sont parfois agaçantes, mais les contrastes hallucinants qui traversent par exemple son « piangero » à la fin du troisième acte méritent à n’en pas douter l’ovation qu’ils reçoivent.

 

Parfois un peu pressé – mais peut-être ses musiciens espéraient-ils aussi attraper le RER –, William Christie offre une direction charismatique et un peu sèche du chef-d’œuvre de Haendel, à la tête d’un orchestre élégamment coloré mais pas exempt de tout reproche (quelques fausses notes des cors, quelques crissements du premier violon).

 

De la subtile intériorisation du César d’Andreas Scholl aux explosions de Cecilia Bartoli, de l’orthodoxie baroque de William Christie à la tentation romantisante de Philippe Jaroussky, la cohérence n’est pas le plus grand point fort de ce spectacle de grande qualité. Mais la version de concert gomme ce défaut pour ne laisser paraître que les grands moments de musique qu’offre ce plateau de rêve. Oui, décidément, ce qu’on retiendra de cette soirée, c’est que servi par ses meilleurs interprètes, Haendel peut transporter les foules.

 


Jules César en Egypte de Georg Friedrich Haendel à la salle Pleyel les 9, 12 et 14 février 2010.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Mardi 12 janvier 2 12 /01 /Jan 18:54

 

Gerolstein-2.JPG 

 

 

Offenbach en version de concert, sur le papier déjà le défi lancé par la salle Pleyel à Anne-Sophie von Otter et à l’Orchestre du théâtre de Bâle semblait pour le moins audacieux. L’opérette n’est certainement pas le genre qui s’accommode le mieux de ce type de représentation où l’absence de décor et de mise en scène invite le spectateur à se concentrer sur la musique. Certes, Offenbach n’est pas qu’un amuseur public, son unique opéra, les Contes d’Hoffmann, montre sans ambiguïté son talent de compositeur, et quelques opérettes à commencer par la Périchole ont une valeur musicale évidente.

 

C’est moins net pour la Grande Duchesse de Gerolstein, grande farce distrayante, mais qui, départie de son comique tantôt léger tantôt troupier,  offre un concentré musical des facilités de l’Offenbach pressé : des chœurs cadencés par de bruyantes cymbales, des solos inutilement virtuoses dont la principale finalité est comique ; seuls certains duos – Fritz et Wanda au premier acte, puis Fritz et la duchesse – offrent quelques attraits et une légèreté reposante.

 

Autant le dire, si le but de la salle Pleyel était de mettre en valeur à travers une initiative originale, la valeur musicale d’un opéra-bouffe généralement réduit à sa dimension comique, l’échec est patent. Mais il n’est même pas certain que là soit l’objectif. La production ici vendue comme la contribution d’Anne-Sophie von Otter à la série « les Grandes Voix » co-présentée par la salle Pleyel et le théâtre des Champs-Elysées – et qui accueillait cette année des noms tels que Rolando Villazón, Vivica Genaux, Anna Netrebko ou encore Juan Diego Florez –, n’est que la reprise d’une production du théâtre de Bâle qui était, elle, mise en scène par Christoph Marthaler (voir photo).

 

Gerolstein.jpgC’est pour ainsi dire à une production au rabais qu’on assiste, où le nom d’Anne-Sophie von Otter est utilisé pour attirer les foules. Faute, sans doute, de trouver une salle susceptible d’accueillir la mise en scène de Christoph Marthaler, les producteurs ont eu l’idée de cette solution qui conserve les costumes des chanteurs ainsi que quelques effets de scène, mais ampute l’œuvre de nombreux passages, simplement résumés par le chef d’orchestre transformé pour l’occasion en narrateur et récitant, ainsi que de la plupart des dialogues parlés. Il faut dire que dans cette production venue de Bâle avec des chanteurs germanophones, les dialogues étaient initialement prononcés en Allemand. C’est encore le cas pour ceux qui ont échappé aux sabreurs de texte : les chants en français alternent donc avec des dialogues parlés en allemand, non surtitrés. Pour une œuvre créée à Paris en 1867, Offenbach doit se retourner dans sa tombe. Quant au public non germanophone, il doit se contenter des pitreries du chef d’orchestre Hervé Niquet, qui est heureusement moins mauvais dans la direction musicale que dans le one-man-show, lequel est en revanche si mal préparé qu’il ne connaît pas son texte et doit le lire.

 

Pour parachever l’échec, l’effort d’adaptation à cette étrange configuration n’a pas même été mené jusqu’au bout. Si l’on se console au début en constatant qu’à défaut d’évoluer sur une scène véritable, les chanteurs tentent tout de même d’utiliser l’espace réduit qui leur est dévolu pour donner un peu de vie au spectacle – avec par un début amusant qui voit le général Boum prendre la direction de l’orchestre avant d’en être chassé par le chef, cet effort se dissout dès le deuxième acte où l’on voit revenir les pupitres sur la scène, où les dialogues parlés disparaissent complètement (aurait-on changé de stratégie d’adaptation de l’œuvre pendant l’entracte).

 

L’exercice d’autodérision auquel invite Offenbach ne pose certes aucun problème à Anne-Sophie von Otter, qui n’a plus rien à prouver dans le grand répertoire. Il n’est naturellement pas déshonorant pour les meilleurs chanteurs de se frotter à ce compositeur qui n’a pourtant eu de cesse de les tourner en dérision. Il n’est pas glorieux en revanche prêter son nom à un spectacle aussi manifestement bâclé. Offenbach mérite mieux.

 

 

La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach, en version de concert le 11 janvier 2010.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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