Voyage au pays de Verdi : un bilan

Publié le par Antonin


Trois mois d’Italie, c’est bien court pour prendre la mesure de la pratique de l’art lyrique dans le pays où il est certainement le plus vivant, du moins au sens où il continue à remplir les salles jusque dans les plus petites villes. De la Scala de Milan au Teatro dell’opera de Rome, de la Fenice de Venise au Teatro communale de Bologne, ce ne sont pas moins de dix spectacles, dans neuf salles et huit villes différentes que j’ai vus au cours de cette période. Il est certes un peu présomptueux de tirer un bilan définitif d’un séjour si court, et avec si peu de recul. Mais puisque la trêve des confiseurs me tient éloigné des salles de spectacles, je me livre à ce petit jeu sans prétention qui consiste à attribuer des trophées imaginaires à ceux qui m’ont le plus touché pendant ce séjour. Une façon de prendre date, et d’espérer voir en France quelques artistes qui font les beaux jours des opéras de l’autre côté des Alpes, et qui restent mériteraient d’être davantage invités chez nous.

 

Plus belle salle : Le Teatro Regio de Turin :

teatro-Regio-2.jpgSans doute faut-il lire dans ce choix un scepticisme global sur ces salles « à l’italienne », assez similaires les unes aux autres, qui ont fait la réputation de l’Italie. Sans doute le budget limité qui a été le mien, et les positionnements qui vont avec, me rendent-ils plus sensibles au défaut de cette disposition qui regarde davantage le parterre que la scène. Mais au-delà de cet argument en négatif, l’opéra de Turin est indiscutablement une réussite architecturale, de l’extérieur comme de l’intérieur. Une salle vaste à l’acoustique excellente et à la disposition intelligente,

 

Meilleure ambiance : I Due Foscari (Verdi), Teatro Regio, Parme

Non, l’ambiance n’est pas l’apanage des concerts de Rock ; et même si l’enthousiasme estSL370856.jpg souvent plus codifié, plus retenu et plus proportionné, les salles d’opéra ne se résument pas aux mondains et semi-mondains en robe de soirée qui trustent les premières de la Scala de Milan. Aussi, c’est sans aucun doute le festival Verdi de Parme, un événement qui mobilise chaque année l’ensemble d’une ville au point d'en imprégner l’ensemble du paysage urbain. Bien plus qu’un rendez-vous mondain, l’événement culturel de la région natale du compositeur italien le plus emblématique.

 

Meilleur chanteur : Plácido Domingo, La Walkyrie (Wagner), Teatro alla Scala, Milan.

Domingo ScalaChacun l’aura compris, si ce blog aspire à l’exigence et à la rigueur, il est une personne qui y échappera toujours à la critique. Quelle que soit mon aversion pour l’idolâtrie irraisonnée et le fanatisme hystérique, je ne peux que m’incliner une nouvelle fois, et plus profondément encore s’il est possible que les précédentes, devant le génie de Plácido Domingo, devant l’éternel renouvellement d’un homme qui n’a pas quitté les sommets depuis le début de ses près de cinquante ans de carrière. Un  prix d’enthousiasme, qui mériterait d’être renouvelé chaque année tant le ténor vétéran domine la concurrence.

 

Meilleure chanteuse : Patrizia Ciofi, Tancredi (Rossini), Teatro Regio, Turin.Patrizia-Ciofi.jpg

Là aussi, il s’agit d’une confirmation. Même à contre-emploi dans Rossini, où le velouté de son timbre est altéré par de multiples fioritures qui le rendent moins touchant, Patrizia Cioffi conserve la prééminence sur ses rivales grâce à une technique d’émission unique doublée d’une grande sensibilité. Pour elle encore, ce prix décerné sur trois mois en Italie l’aurait sans doute été à une échelle plus large.

 

Meilleur espoir masculin : Gianluca Terranova, la Bohème (Puccini), Teatro comunale, Bologne.

Gianluca-Terranova.jpgLe Teatro communale de Bologne est certainement celui qui des théâtres italiens a été le plus durement touché par la crise : la programmation en avait été revue et allégée en début de saison pour faire face aux coupes sombres dans le budget. Sa Bohème n’était certainement pas à la hauteur des ambitions d’origine. Mais si la distribution qui en résulte, marquée par la jeunesse et l’inexpérience, est pour le moins inégale, elle m’a permis de découvrir l’excellent Gianluca Terranova, Rodolfo rêvé qui survole une mise en scène trop modeste pour lui. On l’attend avec impatience dans des productions plus dignes de lui…

 

Meilleur espoir féminin : Anita Rachvelishvili, Carmen (Bizet), Teatro alla Scala, Milan.Carmen scala

Je ne m’éternise pas sur ce prix qui s’impose de lui-même tant la performance d’Anita Rachvelishvili. dans Carmen a suscité l’unanimité. Le physique du rôle, des graves magnifiques, une jeunesse insolente, tout plaide en sa faveur dans ce personnage qui aurait pu être écrit pour elle. Reste à imaginer dans quel rôle la brûlante mezzo-soprano pourra prolonger ce succès

 

Meilleure mise en scène : ex-aequo : Yannis Kokkos, Tancredi (Rossini), Teatro Regio, Turin et Franco Zeffirelli, la Traviata (Verdi), Teatro dell’opera, Rome.

Tancredi.jpgLa mise en scène n’est pas le fort d’une Italie restée largement conservatrice, et dont les productions ont souvent un air de déjà-vu. On ne saurait pourtant ignorer la beauté que peuvent atteindre certaines mises en scène classique. C’est donc pour rendre justice à la fois à l’audace de la très belle mise en scène de Tancredi à Turin, et à la magnificence de la classiquissime Traviata de Franco Zefireli à Rome que je me suis résolu à leur conférer l’unique égalité de ce palmarès.

 

Meilleure direction d’orchestre : Fabio Biondi, Agrippina (Haendel), Teatro Malibran, Venise.

Fabio-Biondi.jpgCertes, les tempi très rapide sèment parfois jusqu’aux chanteurs, mais ils confèrent à une musique inégale mais parfois incandescente une vitalité et une homogénéité surprenante. Il ne s’agit certes pas d’une révélation, mais on ne pouvait qu’être heureux de voir le vivaldien entre les vivaldiens apporter son charisme et son exigence à Haendel.

Publié dans Italie

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