Voyage au pays de Verdi 3 : Venise célèbre Haendel

Publié le par Antonin

 
Il y a deux cent cinquante ans disparaissait Haendel. Cinquante ans avant, le jeune compositeur se faisait connaître en Italie en créant son deuxième opéra italien, Agrippina, un opéra seria dont la première avait lieu à Venise. Il n’en fallait pas moins pour que le vivaldien parmi les vivaldiens, l’excellent Fabio Biondi, passe à la concurrence dans la ville même de Vivaldi, pour célébrer ce double anniversaire. Vivaldi, Venise, l’allitération à elle seule dit le lien qui unit le prêtre roux à sa ville natale. L’Allemand de passage, plus tard naturalisé anglais, peut-il y faire oublier son illustre contemporain vénitien ?

 

Si la Fenice, maintes fois renée de ses cendres, focalise l’attention des touristes, c’est bien au théâtre Malibran, qui portant alors le nom de Teatro San Giovanni Grisostomo, lieu moins charmant mais mieux préservé, à deux pas du Rialto, que l’opéra de Haendel fut créé en 1709. Salle moins faste mais mieux agencée (on voit enfin la scène), acoustique correcte sans plus, façade plus dissimulée, et moins tape-à-l’œil, le Teatro Malibran n’en propose pas moins une programmation musicale de qualité comparable avec celle de l’illustre Phoenix.

 

 

Avec un livret baroque s’il en fût, Agrippina relate les intrigues de la mère de Néron pour mettre son fils sur le trône à la place d’un mari qu’elle déteste, le tout entrecoupé d’histoires d’amour et de manipulations diverses qui donne à l’ensemble une hétérogénéité et une durée – plus de quatre heures – pour le moins remarquables.

 

Comme souvent, une telle intrigue se révèle particulièrement délicate à mettre en scène, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas toujours possible de réunir assez de contre-ténor pour chanter les rôles masculins jadis dévolus aux castrats. De plus, les arias répètent souvent indéfiniment les mêmes phrases. Cette remarque peut sembler naïve ; on a l’habitude à l’opéra de se répéter en variant le ton. Mais lorsqu’un aria complet se décline en quelques mots, il devient tout de même difficile de lui donner l’intensité dramatique qu’atteint parfois l’opéra romantique. D’où l’inévitable tentation d’en proposer ce qui s’apparente à une version de concert avec décors et costumes. On relève tout de même ici et là quelques jolis tableaux, à commencer par un ensemble au deuxième acte, où les chanteurs sont disposés le long de colonnes elles-mêmes destinées à créer une illusion de perspective qui ajoute un effet esthétique à l’ensemble. Pour le reste, un décor sobre, des lumières étranges, des costumes classiques, rien de très marquant.

 

Reste la musique de Haendel. Inégale, dans la durée, mais parfois incandescente, surtout dans les airs tristes (l’extraordinaire « voi chi vedete la mia misera » chanté par Ottone). Et le maestro Biondi, qui applique à Haendel les recettes qui ont fait son succès chez Vivaldi : un orchestre quasi-exclusivement composé de cordes (il y a là plus de violons que de tous les autres instruments réunis), une direction inspirée, élégante, parfois excessivement rapide - certains chanteurs peinent à suivre -, mais tellement charismatique. Et à la tête d’un orchestre toujours impeccable, d’une précision d’horloger, malgré le nombre de violons. Le plateau vocal est dominé par l’Agrippina toute en rondeur de la mezzo-soprano Ann Halenberg et par le très frêle contre-ténor Florin Cezar Ouatu qui est Néron.  Alors pari gagné ? Sans doute, mais voir Vivaldi à Venise restera mon rêve.

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