Voyage au pays de Verdi 2 : Bobo, comme Bohème à Bologne

Publié le par Antonin

 



Une salle d’opéra peut en dire long sur une ville, surtout en Italie. Celle de Parme, majestueuse, brillante, peuplée d’un public connaisseur mais grisonnant s’établissait au cœur de la vieille ville, à deux pas de la cathédrale et du Baptistère. A Bologne, au contraire, le Teatro Comunale est au centre du quartier de l’université. Et le public, à l’image de la ville, est plus jeune, plus indiscipliné aussi, sans doute moins connaisseur, mais plus frais. Et ce qui vaut dans la salle vaut sur la scène. Certes, l’opéra de Bologne n’est pas le premier lieu venu : il y vient des chanteurs de renommée internationale pour lesquels les théâtres français régionaux se damneraient. Mais on y découvre aussi de jeunes chanteurs, pour le meilleur et pour le pire.

 

Le meilleur, c’est l’excellent Rodolfo campé par le tout jeune Gianluca Terranova. Une ligne de chant parfaitement maîtrisée, un aigu facile, quoique sans doute encore un peu haut en poitrine, un timbre clair, fougueux et déjà bien marqué, un jeu de scène plein d’entrain, voilà un jeune dont on réentendra certainement parler.  Le reste est plus à l’avenant : la Mimi de la non moins jeune Emanuela Giudice n’a semble-t-il pas encore complètement dompté son potentiel vocal, qui est grand, d’où un vibrato un peu aléatoire et des nuances pas toujours dramatiquement juste. Mais si l’on excepte Musette, qui chante manifestement faux, ce plateau rajeuni a quelques beaux atouts à faire valoir, et rend finalement justice à l’une des partitions les plus connues du répertoire.

 

La salle elle-même n’a pas la splendeur de celles de Parme ou de Milan, dont elle s’inspire pourtant dans l’architecture intérieure ; trop de stuc, de faux, de dorures. Et l’on peut y faire douloureusement l’expérience de la spécificité des théâtres dits « à l’italienne », dont la forme quasi-circulaire regarde plutôt vers le parterre et les premiers balcons que vers la scène. Mieux vaut avoir le cou agile, ou tomber sur un metteur en scène gaucher si l’on a le malheur d’être un peu excentré sur la droite de la salle.

 

On ne saurait pourtant reprocher au metteur en scène Lorenzo Mariani son faible pour la moitié droite de la scène. Une bonne moitié de la salle lui en est certainement reconnaissante. D’autant que sa mise en scène, fondée sur un décor circulaire unique qui tourne au fil des actes, allie sobriété et efficacité, sans toutefois briller par son imagination. Ainsi va Bologne, le trésor est moins visible qu’ailleurs, caché sous la jeunesse et l’indiscipline, mais il est bien là. Et ce soir, le trésor s’appelait Gianluca Terranova.

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