Pleyel brade Offenbach et Anne-Sophie von Otter

Publié le par Antonin

 

Gerolstein-2.JPG 

 

 

Offenbach en version de concert, sur le papier déjà le défi lancé par la salle Pleyel à Anne-Sophie von Otter et à l’Orchestre du théâtre de Bâle semblait pour le moins audacieux. L’opérette n’est certainement pas le genre qui s’accommode le mieux de ce type de représentation où l’absence de décor et de mise en scène invite le spectateur à se concentrer sur la musique. Certes, Offenbach n’est pas qu’un amuseur public, son unique opéra, les Contes d’Hoffmann, montre sans ambiguïté son talent de compositeur, et quelques opérettes à commencer par la Périchole ont une valeur musicale évidente.

 

C’est moins net pour la Grande Duchesse de Gerolstein, grande farce distrayante, mais qui, départie de son comique tantôt léger tantôt troupier,  offre un concentré musical des facilités de l’Offenbach pressé : des chœurs cadencés par de bruyantes cymbales, des solos inutilement virtuoses dont la principale finalité est comique ; seuls certains duos – Fritz et Wanda au premier acte, puis Fritz et la duchesse – offrent quelques attraits et une légèreté reposante.

 

Autant le dire, si le but de la salle Pleyel était de mettre en valeur à travers une initiative originale, la valeur musicale d’un opéra-bouffe généralement réduit à sa dimension comique, l’échec est patent. Mais il n’est même pas certain que là soit l’objectif. La production ici vendue comme la contribution d’Anne-Sophie von Otter à la série « les Grandes Voix » co-présentée par la salle Pleyel et le théâtre des Champs-Elysées – et qui accueillait cette année des noms tels que Rolando Villazón, Vivica Genaux, Anna Netrebko ou encore Juan Diego Florez –, n’est que la reprise d’une production du théâtre de Bâle qui était, elle, mise en scène par Christoph Marthaler (voir photo).

 

Gerolstein.jpgC’est pour ainsi dire à une production au rabais qu’on assiste, où le nom d’Anne-Sophie von Otter est utilisé pour attirer les foules. Faute, sans doute, de trouver une salle susceptible d’accueillir la mise en scène de Christoph Marthaler, les producteurs ont eu l’idée de cette solution qui conserve les costumes des chanteurs ainsi que quelques effets de scène, mais ampute l’œuvre de nombreux passages, simplement résumés par le chef d’orchestre transformé pour l’occasion en narrateur et récitant, ainsi que de la plupart des dialogues parlés. Il faut dire que dans cette production venue de Bâle avec des chanteurs germanophones, les dialogues étaient initialement prononcés en Allemand. C’est encore le cas pour ceux qui ont échappé aux sabreurs de texte : les chants en français alternent donc avec des dialogues parlés en allemand, non surtitrés. Pour une œuvre créée à Paris en 1867, Offenbach doit se retourner dans sa tombe. Quant au public non germanophone, il doit se contenter des pitreries du chef d’orchestre Hervé Niquet, qui est heureusement moins mauvais dans la direction musicale que dans le one-man-show, lequel est en revanche si mal préparé qu’il ne connaît pas son texte et doit le lire.

 

Pour parachever l’échec, l’effort d’adaptation à cette étrange configuration n’a pas même été mené jusqu’au bout. Si l’on se console au début en constatant qu’à défaut d’évoluer sur une scène véritable, les chanteurs tentent tout de même d’utiliser l’espace réduit qui leur est dévolu pour donner un peu de vie au spectacle – avec par un début amusant qui voit le général Boum prendre la direction de l’orchestre avant d’en être chassé par le chef, cet effort se dissout dès le deuxième acte où l’on voit revenir les pupitres sur la scène, où les dialogues parlés disparaissent complètement (aurait-on changé de stratégie d’adaptation de l’œuvre pendant l’entracte).

 

L’exercice d’autodérision auquel invite Offenbach ne pose certes aucun problème à Anne-Sophie von Otter, qui n’a plus rien à prouver dans le grand répertoire. Il n’est naturellement pas déshonorant pour les meilleurs chanteurs de se frotter à ce compositeur qui n’a pourtant eu de cesse de les tourner en dérision. Il n’est pas glorieux en revanche prêter son nom à un spectacle aussi manifestement bâclé. Offenbach mérite mieux.

 

 

La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach, en version de concert le 11 janvier 2010.

Publié dans Salle Pleyel

Commenter cet article

A&P 14/01/2010 16:59


Commenter la représentation d'une opérette sans rien dire des chateurs chantants (par opposition à jouant) et de l'orchestres, c'est audacieux.

J’ai été personnellement plutôt déçu de l'orchestre et des chanteurs. Le champagne ne pétillait pas.


Antonin 14/01/2010 21:31



Je concède qu’il n’est pas d'usage de commenter une représentation d’opérette sans s’arrêter sur les chanteurs. Ce n’est d’ailleurs pas mon habitude (cf. tous les autres billets). Mais je voulais
justement faire un billet d’humeur, pour montrer combien ce spectacle bâclé a fait passer au second plan des chanteurs que la version de concert aurait dû mettre en avant.


J’ai effectivement trouvé la distribution très moyenne. En particulier, le ténor Norman Reinhardt m’a paru bien faible et techniquement limité (on entendait à peine ses aigus en voix de fausset
au premier acte). Sa partenaire Agata Wilewska m'a semblé bien monolithique, misant tout sur un aigu certes claironnant, mais un peu insuffisant pour servir de point d’appui à l’ensemble d’un
rôle. Quant à Anne-Sophie von Otter, comme vous dites, elle ne pétillait pas très fort…