L'Elixir d'amour à Bastille : Des ingrédients d’exception, un élixir euphorisant, un arrière-goût amer

Publié le par Antonin




L'internationalisation en cours de ce blog m'empêche de vous tenir informé de l'actualité parisienne pourtant brûlante. Aussi, je délègue. Et comme c'est la mode du moment, j'ai jugé bon d'aller chercher un nouveau talent... dans la famille. Let me introduce... mon petit frère :


Bien sûr,  l’absence annoncée, pour raisons de santé, du ténor Rolando Villazόn aux côtés d’Anna Netrebko était une déception. L’alchimie dramatique et musicale de ce nouveau couple mythique de l’art lyrique n’aurait pas lieu sur la scène de l’Opéra de Paris. N’importe, le retour de la soprano russe à Bastille après sa magnifique Juliette dans I Capuleti e i Montecchi en mai 2008 était en soi un évènement.

 

De fait, la voix d’Anna Netrebko est un enchantement. Dès « Della crudele Isolde »,  récit des amours de Tristan et Iseult, on reste stupéfait de sa pureté et de sa force dramatique. A la sensualité des graves succède avec grâce l’euphorie communicative des aigus. Tout au long de la représentation, le personnage d’Adina, jeune fille coquette et moqueuse, semble grandir. La tendresse espiègle de son premier duo avec Nemorino,  son orgueil blessé par l’apparente inconstance de son amant, la folle gaîté de sa Barcaruola, révèlent la sensibilité de la jeune paysanne, et confèrent une émotion saisissante à la douceur passionnée de l’aveu final de son amour pour Nemorino.

 

D’autant que le reste de la distribution est loin de jurer avec le charme de la soprano russe. Si son timbre n’a pas la chaleur de celui de Rolando Villazόn, le ténor Giuseppe Filianoti possède une voix souple et claire qu’il met au service d’un jeu drôle et touchant. Le public est d’emblée conquis par son « Quanto è bella, quanto è cara » plein d’émotion naïve. Il lui pardonnera même l’impardonnable fausse note dans le grand air pour ténor de l’opéra : « Una furtiva lagrima ». Paolo Gavanelli incarne un Dottor Dulcamara plein de bonhommie, même si les – réelles – qualités vocales sont parfois sacrifiées au jeu de scène. Seul le Belcore de George Petean ne parvient pas à convaincre tant son interprétation vocale, à l’image de son jeu, est outrée.

 



C’est cependant de la mise en scène que vient réellement la déception. Cette production de
L’Elixir d’amour est devenue quasi-institutionnelle à Bastille. Ce fut d’ailleurs, il y a quatre ans, ma première expérience à l’Opéra de Paris (que je dois d’ailleurs au propriétaire de ses lieux ; qu’il en soit ici remercié). Selon moi, L’Elixir d’amour est un opéra tendre, joyeux, bucolique. Rien ne sonne plus faux que ces décors d’une campagne mécanisée et déshumanisée (l’arrière-plan est occupé par des champs dont les dimensions ne disent que la monotonie esthétique de l’agriculture intensive). Le jeu même des acteurs est parfois embarrassé par ce hiatus. Si l’arrivée en camion du docteur Dulcamara est une vraie réussite, le jeu d’Anna Netrebko semble contraint par cet environnement qui contraste avec la grâce de son personnage. La merveilleuse production du Wiener Staatsoper en 2005 avec Rolando Villazόn et Anna Netrebko (disponible en DVD) en soulignait au contraire la gaîté et la légèreté par un décor simple et champêtre.

 

Enfin, et malgré la qualité indéniable de l’interprétation vocale, cette production a comme un goût amer. Les problèmes techniques qui, pendant presque une demi-heure, ont empêché la levée du rideau sur le deuxième acte sont symptomatiques d’une atmosphère étrange. Si le public rit – et il rit beaucoup -, c’est souvent l’expression – m’a-t-il semblé – d’un sentiment de distance voire d’extériorité. La fausse note du ténor au beau milieu de son air le plus émouvant, tout comme un certain nombre de bruits parasites au cours de la représentation, contribuent à rappeler au spectateur qu’il n’est qu’au spectacle. Cela n’empêche pas, bien sûr, certains passages d’obtenir l’adhésion complète du public, mais la mise en scène dessert les chanteurs dans le pari, toujours risqué, de créer une relation directe entre chaque spectateur et la musique.


L'Elixir d'amour, de Gaetano Donizetti, à l'opéra Bastille, jusqu'au 25 octobre

Publié dans Opéra de Paris

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Sara-Lou 27/10/2009 11:32


Ah ok, c'était Corentin... lecture trop rapide...


Sara-Lou 27/10/2009 11:31


Quoi quoi! Tu étais à Paris ce week-end pour l'Elixir et je ne t'aurais pas vu?