Lawrence Zazzo, le contre-ténor qu’on n’attendait pas

Publié le par Antonin

 

 



Philippe Jaroussky avait fait salle comble au théâtre des Champs-Elysées une semaine avant. Pour l’Américain Lawrence Zazzo, il a fallu brader les places. Le chant baroque serait-il à son tour aspiré par le star system ? Pas de doute que le sourire photogénique et la belle gueule de la nouvelle étoile du chant français ne soit pour beaucoup dans un succès par ailleurs mérité. Il serait dommage en revanche que la conséquence d’un tel succès soit une focalisation exclusive sur l’individu Jaroussky aux dépens d’un type de voix réhabilitée par Alfred Deller, portée vers les pinacles par René Jacos et Gérard Lesnes


Lawrence Zazzo ouvre une saison au TCE largement placée sous le signe de Haendel, deux cent cinquantenaire de sa mort oblige. L’occasion de (re)découvrir une œuvre prolifique et, à mon sens, inégale, mais où l’on trouve des fulgurances que seul un récital bien conçu peut faire éclater. Celui de Lawrence Zazzo, sobrement intitulé « œuvres de jeunesse et de la maturité », réunit des extraits d’oratorios comme d’opéras, en Italien comme en anglais. La force de ce jeune contre-ténor américain, c’est sa parfaite prononciation de l’anglais, qui tranche avec la plupart de ses congénères.


Musicalement, le contre-ténor a pour lui un médium magnifique et sonore, une vigueur et une virilité qui tranchent avec le style d’un Jaroussky parfois à la limite de la féminité. Une science particulière de l’attaque, de la note qui se fond dans l’orchestre, s’en détache, s’arrondit, s’allonge dans la durée puis s’éteint en un souffle, qui tient en haleine le public. Le public un peu froid au début, où, chose rare, le trac du chanteur est perceptible dans la tension de son visage, est progressivement apprivoisé au point de réserver un triomphe à l’artiste, qui le lui rend bien en consentant quatre bis.


Le succès aurait été total si l’orchestre des Folies Françoises avait été à la hauteur. Les belles couleurs sonores trouvées pour jouer par exemple l’Ouverture d’Esther, ne compensent pas quelques maladresses inacceptables à ce niveau : désynchronisations, un violoncelle qui oublie de démarrer avec le chanteur et met de longues secondes à le rattraper, ou encore cette tragi-comédie finale du chef d’orchestre qui ne parviendra pas une seule fois, au long de la dizaine de saluts demandée par le public, à faire lever les instrumentistes qu’il désigne. Non, vraiment, ça ne fait pas sérieux.


Lawrence Zazzo, Handel, oeuvres de jeunesse et de la maturité, au Théâtre des Champs-Elysées, le 23 septembre 2009.

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