Mireille accouche d’une souris

Publié le par Antonin



On attendait beaucoup de la nouvelle production de Mireille de Gounod à l’Opéra de Paris. Première rencontre entre le nouveau directeur de l’Opéra Nicolas Joël et son public, elle tenait lieu de synthèse programmatique : le maître des lieux avait pour l’occasion repris sa casquette de metteur en scène, et proposait une œuvre chère à son cœur jamais entrée au répertoire de la « Grande boutique », les salles étaient prises d’assaut au point que les seuls abonnés suffisaient à les remplir…  Ce sont les relations de Nicolas Joël avec son public, quelque peu secoué par ses liens tumultueux avec le sortant Gérard Mortier, qui se jouaient lors de la première.

 

Quelques mots d’abord sur l’opéra lui-même. On nous avait annoncé le retour en grâce d’un joyau méconnu, une preuve de l’audace du nouveau directeur prêt à ouvrir sa saison sur une œuvre quasi-inconnue. C’était oublier un peu vite que Mireille était à l’affiche l’an dernier de l’Opéra de Marseille et qu’elle sera l’année prochaine au programme des Chorégies d’Orange, qui ne sont pas réputées pour leur audace programmatique.

 

Sur le fond, Charles Gounod a mis en musique Shakespeare (Roméo et Juliette), Goethe (Faust) et… Frédéric Mistral (Mireille). Difficile dès lors de ne pas sourire quand on lit que Mireille, cette fable provincialiste qui sent bon la lavande et les cigales, est injustement oubliée au profit de Faust. La parfaite niaiserie de l’intrigue (les amours contrariées d’un paysan et d’une héritière, qui finissent en apothéose avec la mort de l’héroïne) et la mièvrerie des couleurs carte postale de la Provence éclipsent vite la sobre poésie de certains passages. Musicalement, quelques moments de grâce ne font pas oublier combien les chœurs de paysans et autres farandoles sont assommants. L’œuvre a sans nul doute sa place dans le répertoire de l’Opéra, mais l’urgence de l’y remettre n’était pas plus grande que pour tant d’autres, encore plus oubliées, à commencer par d’autres œuvres de Gounod comme la Reine de Saba ou Polyeucte.

 

Si la mise en scène du spectacle annonce le mandat de Nicolas Joël, on ne peut qu’être inquiet. Certes, les spectateurs, lassés des excentricités de Gérard Mortier, réservent un accueil partagé à leur nouveau directeur. Pourtant, tout a été fait pour complaire à un public dont on comprend mieux pourquoi Mortier dénonçait son conservatisme : champs de blé et lumière jaune le jour, pleine lune et lumière bleue la nuit, paysans en costumes avec leur fourche, mains sur le cœur et bras levés… Le modernisme métallisé et provoquant n’est plus au goût du jour. Mais tout ça a un air de déjà-vu, de recyclé… C’est sur l’audace de cette programmation qu’a été faite sa publicité, on en retiendra plutôt le profond conformisme.

 

Heureusement, le plateau réuni pour l’occasion sauve la mise d’un strict point de vue musical. La ligne de chant de la soprano albanaise Inva Mula n’est pas toujours parfaitement nette mais son excellent français et son grand sens de la nuance en font une Mireille de première qualité. Charles Castronovo compense une voix un peu frêle par la composition d’un personnage de jeune premier frais et réaliste. Certes, mon secret espoir que le remplacement de Gérard Mortier par Nicolas Joël mettrait fin à l’incompréhensible histoire d’amour entre l’Opéra de Paris et le baryton Frank Ferrari a subi une cruelle désillusion… Ce soir comme tous les soirs, le baryton italien a avalé ses Panzani de travers. Mais la qualité des seconds rôles, à commencer par l’excellent Alain Vernhes donne à l’ensemble une excellente tenue, que vient structurer la direction très solide du toujours excellent Marc Minkowski.

 

Bref, une soirée qui aurait pu être agréable et sans prétention si elle ne présageait d’une saison terriblement ennuyeuse…


Mireille, de Charles Gounod au Palais Garnier du 14 septembre au 14 octobre 2009.

Publié dans Opéra de Paris

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