Ne tirez pas sur le Mortier 1/4 : le meilleur et le pire

Publié le par Antonin


C'est l'été, les opéras font relâche, les festivals n'ont pas commencé… Alors en attendant, je me plie à la tradition des séries d'été avec une série de billets consacrés au bilan de Gérard Mortier à la tête de l'Opéra de Paris, qu'il doit quitter à la fin de la saison.

 


 

Ambiance de fin de règne à l'Opéra de Paris. Règlements de compte, cadavres sortis des placards, vieilles rancunes jamais oubliées, tout cela transpire dans les différents articles de presse à la veille du départ du directeur de l'Opéra, adulé lors de son arrivée à la tête de la maison en 2004. Les journalistes ne lui pardonnent pas sa volonté de n'être jugé que par le public, le public lui en veut de confondre parfois audace et provocation au mépris de ses réactions.

 

Nul doute que l'arrogance et l'autosatisfaction affichées par le directeur sortant ont de quoi agacer ses plus fervents supporters. Un homme qui ne tient compte ni des sifflets, ni des critiques, prêt au débat mais pas avec ses adversaires à qui il dénie toute légitimité, ne doit pas s'attendre à être populaire. Difficile dans ce contexte d'avoir un regard dépassionné sur le bilan forcément contrasté, mais sans doute sous-estimé du Belge dans la capitale française.

 

A coup sûr, Gérard Mortier a donné un coup de pied dans une fourmilière qui sombrait dans une forme de routine dont les quelques productions des ères précédentes qui continuent à être programmées aujourd'hui sont un lointain écho (lire l'article sur Tosca par exemple). L'audace ne peut pas être couronnée de succès à tous les coups. Il est même naturel que les échecs soient dominants.

 

Personne de ceux qui y étaient n'a oublié l'énorme scandale que furent les Noces de Figaro au Palais Garnier pendant l'année Mozart : un saltimbanque qui massacre en français on ne sait quelle chansonnette qui n'a rien à voir avec Mozart en s'accompagnant de verres musicaux, une machine à écrire qui cliquette bruyamment pendant le principal air de la comtesse, un public sollicité pour claquer des mains pendant un aria de Mozart, rien ne nous a été épargné.

 

Dans le même registre, on retiendra un lamentable Iphigénie en Tauride de Gluck, mis en scène par Krzysztof Warlikowski, où la qualité musicale insufflée par la direction de Marc Minkowski était complètement étouffée par une scénographie pesamment démonstrative où l'on n'hésitait ni à chanter avec un sac sur la tête, ni à copuler sur scène pendant les chants, pour donner à l'œuvre la dimension psychanalytique que croit y déceler le metteur en scène. Et ne parlons pas du Simon Boccanegra de Verdi, la même année, où les paillettes et les lunettes de soleil avaient remplacé Verdi.

 

Mais à côté de ces francs échecs, quelques miracles : le Don Giovanni de Mickaël Haneke a bouleversé ma vision de cet opéra en donnant au personnage et à Peter Mattei une noirceur et une animalité insoupçonnées. La Lady Macbeth de Msensk mise en scène par Martin Kušej donnait également à une musique un peu chargée une puissance sensuelle insoupçonnée

 

Pour ces (re)découvertes, il faut rendre grâce au bousculeur d'idées reçues qu'a été Gérard Mortier. Et pour rendre justice à ce bilan complexe, vous retrouverez prochainement sur mon blog :

-         un bilan de l'activité scénique sous la direction Mortier ;

-         un bilan de ses choix musicaux ;

-         les attentes de son successeur

Publié dans Opéra de Paris

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