La bataille de Macbeth

Publié le par Antonin

 

Une ovation pour les chanteurs, des sifflets pour le metteur en scène. La première de la nouvelle production de Macbeth toute droit venue de Novossibirsk avait un air de déjà-vu. Une sorte de rituel, toujours respecté par les habitués de l’opéra, qui ne semblait pas ce soir-là particulièrement adaptée aux circonstances. D’abord parce que la mise en scène de Dmitri Tcherniakov n’avait pas que des défauts, et parce que les chanteurs ne méritaient pas tous une ovation si franche.

 

La mise en scène d’abord. Elle ne manque ni d’imagination ni d’esthétique visuelle. L’alternance entre l’espace confiné et presque étouffant de l’intérieur des époux Macbeth et l’extérieur d’un gris village écossais, rendue lisible par le fil conducteur d’une animation vidéo de type Google Earth, la dissolution des sorcières dans une foule anonyme et surtout la très belle scène de fin en sont les points forts. Cette dernière scène, qui remplace le chœur un peu pompier des vainqueurs triomphant par un tableau de Macbeth seul et désemparé au milieu de sa maison en ruine. Le chœur presque irréel ne vient plus que des coulisses, amplifié par des micros.

 

Là où les choses commencent à se gâter, c’est lorsque cette esthétique finit par s’imposer au détriment du chant. J’ai déjà quelques doutes sur l’utilisation des micros, mais encore peut-on admettre qu’il en est fait un usage modéré. Ce qui est inacceptable, en revanche, c’est lorsque le choix de situer la moitié des scènes dans un espace confiné figurant l’appartement des époux Macbeth se fait au détriment de l’acoustique : les murs de la chambre de la Lady atténuent les voix et faussent la résonance, ce qui est particulièrement gênant pour les étages supérieurs du public (et ce qui explique peut-être l’assourdissant silence de la presse sur ce sujet). On ne place pas impunément des murs sur une scène d’opéra.

 

Difficile, du coup de juger les chanteurs tant leur performance est tributaire de ces choix douteux. Violeta Urmana, qui chante Lady Macbeth, en est la première victime puisqu’on ne l’entend que dans ces conditions difficiles. Mais sa voix manque manifestement de subtilité et son jeu d’actrice est quelque peu monolithique. Le baryton grec Dimitris Tiliakos est plus fin et campe un Macbeth tourmenté, plié en deux sur sa cravate, comme accablé par son destin dès le temps de sa splendeur. Stefano Secco est un Macduff triomphant et ensoleillé, même si on aimerait comprendre pourquoi son principal est chanté depuis un lit à barreau. Quant au vétéran Ferruccio Furlanetto, son Banquo est solide et imposant : la scène de sa mort, comme happé par une foule anonyme, est l’une des plus réussi de ce spectacle discutable, mais riche.

 


Macbeth
de Verdi, à l’Opéra de Paris, jusqu’au 8 mai.

 

Publié dans Opéra de Paris

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