Jonas Kaufmann, le ténor de l’année ?

Publié le par Antonin

 

Villazón qui montre des signes de fatigue, Alagna qui se variétise, la place de ténor de l’année 2009 restait sans doute à prendre. Après un Fidelio de Beethoven remarqué au début de l’année à l’Opéra Bastille, après un récital exigeant au Palais Garnier consacré à Britten et Strauss, Jonas Kaufmann est de retour au théâtre des Champs-Elysées dans un programme beaucoup plus grand public.

 

Le ténor allemand a pour lui, en plus d’un physique avantageux, un sens de la nuance qui fait souvent aux ténors qui cèdent trop facilement à l’effet que produit leur puissance. Kaufmann au contraire possède un don presque unique pour produire des aigus piani, veloutés, à peine détimbrés, qui rendent de la subtilité aux grands tubes du répertoire pour ténor comme le « Pourquoi me réveiller » extrait du Werther de Massenet, ou le « Che gelida manina » de la Bohème de Puccini. C’est d’autant plus admirable que le ténor est capable de produire en bis une « Dona è mobile » de Rigoletto dont l’éclat n’a rien à envier aux ténors les plus gueulards.

 

C’est sans doute dans le répertoire français, avec de surcroît une diction presque parfaite, que le ténor quarantenaire est le plus irréprochable. Il faut l’entendre user de toutes les palettes de nuance pour transcender l’air de la fleur de Carmen de Bizet ou dans Werther.

 

Alors, a-t-on trouvé la perle rare ? Peut-être pas. La faute à un chant trop italien pour chanter Wagner, mais peut-être pas tout à fait assez italien pour concurrencer les meilleurs dans Verdi ou Puccini. La faute surtout à une légère tendance à abuser de ce messa di voce qui fait son succès, mais qui finit par écœurer quand il écrase toute nuance pour s’imposer pendant un air entier. De ce point de vue, l’air du songe extrait du Manon de Massenet apparaît comme une limite du système Kaufmann, tant il paraît monocorde et donne envie de… dormir.

 

Mais on attend avec impatience d’entendre Kaufmann défier Rolando Villazón à l’opéra Bastille puisque c’est lui qui reprendra le rôle de Werther à la Bastille l’an prochain.


 

Jonas Kaufmann en récital au Théâtre des Champs-Elysées, le 17 mars.

 

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