Les souffrances du jeune Werther et les miennes

Publié le par Antonin

 

Villazón a récidivé ! Deux ans après les Contes d’Hoffman, déjà à l’Opéra Bastille, le ténor s’est à nouveau décommandé à la dernière minute pour la première de Werther de Jules Massenet. Passée la colère, on se dit que le ténor-vedette mexicain que les théâtres du monde entier s’arrachent a lui aussi le droit aux arrêts de travail, et qu’il faut donner sa chance à cette production du Staatsoper de Munich, qui a quelques autres beaux atouts à faire valoir : la mezzo-soprano nord-américaine Susan Graham, le baryton français Ludovic Tezier, et même des seconds rôles de premier choix comme Alain Vernhes dans le rôle du Bailly…

 

Las, le spectacle n’est pas du tout à la hauteur. On pourrait à la limite pardonner la mise en scène pesamment démonstrative de Jürgen Rose : un rocher au milieu de la scène pour montrer qu’on a affaire à un héros romantique, des décors tapissés d’écritures pour rappeler qu’il s’agit d’un roman épistolaire, un figurant avec un chapeau de paille et une fourche sur l’épaule pour souligner qu’on est à la campagne… Amateurs de subtilité, passez votre chemin. Mais qu’importe, on est venu voir de la musique, pas révolutionner la mise en scène d’un opéra dont, de toute façon, le livret n’est pas la première force.

 

On pardonnerait aussi la direction pas franchement inspirée du maestro Nagano. On ne peut pas être en forme tous les soirs. On veut bien faire crédit à ce grand chef des quelques maladresses qui émaillent la soirée, et d’une direction très sage et sans relief. Après tout, la discrétion du chef pourrait permettre de souligner la performance des chanteurs.

 

D’autant que le baryton Ludovic Tezier, qui remplace Rolando Villazón au pied levé, n’est pas le premier venu. Une voix magnifique, un style très sûr, une diction impeccable, un jeu tout en retenue qui n’est pas sans émotion. Bien secondé, en plus, par la mezzo Susan Graham, qui ajoute à la qualité vocale qu’on lui connaît un vrai talent dramatique. Certes, l’opéra de Paris fait une nouvelle fois appel au médiocre baryton Franck Ferrari qui a, semble-t-il, le même abonnement que moi  puisque je le retrouve à chaque fois que je viens… La Sophie d’Adriana Kucerova serait acceptable si son français était moins désastreux. Bref, les ingrédients étaient réunis pour une soirée moyenne telle que l’opéra de Paris nous en offre souvent.

 

Sauf que l’Opéra a choisi de déterrer une version baryton de Werther, qui n’aurait jamais dû quitter son placard. Certes, celle-ci peut se targuer d’avoir connu l’approbation du compositeur lui-même puisqu’elle a été créée dix ans après l’œuvre. Mais comment peut-on présenter au public une œuvre où, sans changer la partition de l’orchestre, on bouleverse la ligne de chant pour l’adapter à un baryton ? Comment a-t-on pu offrir à des adaptations telles que celles que je fais dans ma douche le matin pour compenser mes difficultés dans l’aigu le statut d’une œuvre présentable sur scène ? C’est à s’arracher les cheveux, à chaque fois que l’orchestre s’élève pour accompagner la voix, une voix qu’on entend au contraire descendre, comme impuissante. C’est d’autant plus insupportable quand on a la partition originale dans l’oreille.

 

Mise en scène médiocre, direction passive, chanteurs moyens, version discutable, le bilan est assez lourd. Le retour de Villazón améliorera au moins les deux derniers défauts, qui sont les plus rédhibitoires. Mais cela suffira-t-il ?

 

Werther de Massenet à l’Opéra Bastille, jusqu’au 26 mars 2009 (Ludovic

Tezier remplacera définitivement Rolando Villazón à partir du 22 mars)

Publié dans Opéra de Paris

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