Petibon vers les sommets

Publié le par Antonin





Atypique, excentrique, iconoclaste. De la coiffure au répertoire, ce sont autant d’adjectifs qui viennent à l’évocation de Patricia Petibon, star inclassable de la scène lyrique. On l’avait laissée à la fin de l’année dernière sur un album étranger, au large titre d’ « amoureuses », où l’on trouvait pourtant l’air de la Reine de la nuit, un des très rares personnages lyriques à n’être justement pas amoureux… Un disque grand public dont on avait vu des publicités jusque sur TF1, et qui n’avait pas convaincu tout le monde.

 

Cette fois, c’est sur la scène du théâtre des Champs Elysées que Patricia Petibon fait son retour, dans un programme plus exigeant et plus proche de ses premières amours dédié à Haendel et Vivaldi.

 

Un concert est une alchimie, qui ne prend pas forcément du premier coup. Dans ce cas précis j’ai été successivement déçu, sceptique, séduit puis carrément enthousiaste. L’effet d’une programmation en crescendo, et d’un charme qui met du temps à opérer tant le premier effet est étrange.

 

Le premier effet, c’est celui d’une voix agréable mais pas sensationnelle, souple mais pas toujours bien utilisée surtout dans Vivaldi. Le joli velouté du piano ne compense pas un excès de vibrato dans le forte et un usage des nuances pas toujours à bon escient. Et la gestuelle et les roulements d’yeux ont de quoi déconcerter. Seul l’Ensemble Amarillis, auteur d’une remarquable performance dans le concerto pour flûte sopranino, cordes et basse continue de Vivaldi est à la hauteur des attentes, mais à l’issue du premier acte, on ne pouvait que rester sur sa faim.

 

Puis le miracle se produit. Avec un programme exclusivement consacré à Haendel, plus cohérent et mieux conçu, la musique monte en puissance, et tout ce qui déconcertait au départ prend un sens. Le forte se précise, le piano se fait plus bouleversant encore, les yeux se font expressifs et espiègles. On atteint des sommets lors des extraits de l’Ariodante, notamment au cours de l’extrait « Morte dove sei tu ? » où les yeux, le piano, et l’orchestre remarquable se marient à merveille pour produire une osmose presque parfaite.

 
Patricia Petitbon en récital au Théâtre des Champs-Elysées le 27 mai 2009 

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