Triomphe mitigé pour Judith

Publié le par Antonin




Au milieu de l’année Haendel, on en oublierait presque Vivaldi, dont l’œuvre lyrique égale pourtant en volume comme en qualité celle de son contemporain d’outre-manche. Toutes deux ont en commun de réunir des rôles exigeants peu hiérarchisés, ce qui les rend particulièrement délicats à distribuer.

 

Juditha Triumphans, opéra de jeunesse du « prêtre roux » est une œuvre en Latin exclusivement chantée par des femmes sur un livret tiré de la Bible. Ce n’est certainement le meilleur oratorio de Vivaldi, mais la partition recèle quelques trésors, avec toujours des difficultés techniques presque insurmontables.

 

On se souvient que le théâtre des Champs Elysées avait programmé au mois de janvier un Ercole sul Termodonte sous la direction de Fabio Biondi qui satisfaisait toutes ces exigences avec brio, en réunissant un plateau de stars hallucinant, allant de Vivica Génaux à Philippe Jaroussky en passant par Romina Basso.

 

De cette brillante distribution, il ne reste ici que Romina Basso (photo), dans le rôle de Judith, dont les qualités techniques ne sont plus à démontrer. Mais pour le reste, on est loin du compte. Le tempo très rapide imposé par la direction précise du chef italien n’est pas pour les aider. La mezzo-soprano Mary-Ellen Nesi qui interprète Holofernes s’est manifestement trompée de catégorie tant elle doit courir pour rattraper l’orchestre.

 

Et l’orchestre n’est pas à la hauteur, en particulier au cours de ces tête à tête exquis entre Judith et les solistes de l’orchestre ; tous y passent : un premier violon complètement dépassé par la virtuosité des doubles-cordes, un clavecin plus à l’aise, et une flûte à bec nettement plus inspirée.

 

Pour tout dire, cet opéra exclusivement féminin, présenté en version de concert, dirigé sans grande imagination par le chef italien Andrea Marcon, finit par ennuyer. L’alternance de récitatifs et d’aria tourne à une sorte de litanie, où les airs finissent par se ressembler autant que les récitatifs. Il faut le génie et l’imagination d’un Fabio Biondi avec les chanteurs dont il sait s’entourer pour faire vivre et rendre justice à la variété d’une œuvre de Vivaldi en version de concert.


Juditha Triumphans d’Antonio Vivaldi au théâtre des Champs-Elysées le 27 mai 2009.

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