Jessye Norman, un peu, beaucoup, à la folie

Publié le par Antonin




Les passages à Paris de la soprano nord-américaine Jessye Norman sont toujours des événements. Son récital à la salle Pleyel pour un hommage à la comédie musicale américaine n’y a pas fait exception, salué par une standing ovation, chose très rare à l’opéra.

 

Il est des métaphores qu’on ne comprend que lorsqu’on y est directement confronté. Parler de la générosité d’un chant en est un exemple qui n’a rien d’intuitif, mais qui prend tout son sens lorsqu’on rencontre cette cantatrice qui a passé les soixante ans, mais semble prendre le même plaisir à chanter qu’à ses débuts. Un sourire éclatant, une voix ronde et nuancée, et une sorte de sensualité émanant de ce corps âgé et presque impotent lorsqu’elle se déplace, tout cela donne au concert une puissance et un mystère particulièrement prenants.

 

Jeter des ponts entre l’art lyrique et la variété est une entreprise aussi délicate que nécessaire. J’ai déjà eu l’occasion de critiquer assez vertement le modèle d’un Roberto Alagna, fondé sur la Star Academy et la roucoulade facile. La variété n’est pas forcément synonyme de facilité et le choix des airs de Jessye Norman, de Leonard Bernstein à Duke Ellington en passant par George Gershwin révèlent son très profond sens musical.
 

La programmation permet en effet de glisser subtilement de la comédie musicale la plus classique à la variété la plus jazzy sans jamais baisser en exigence, et en brillant des mêmes feux sur les airs entraînant comme le « Lucky to Be Me » extrait de On the town de Berstein ou dans cette nostalgie inimitable des noirs américains qui se dégage de certains airs de Gershwin comme le « Foggy Day » extrait du Damsel in Distress.

 

Un moment fort, comme l’est chacune des apparitions de la cantatrice dans la capitale française. Mais sans doute garderai-je un souvenir plus fort encore de son passage au théâtre du Châtelet pour chanter Didon et Enée de Purcell en 2006. Décidément, Jessye Norman peut tout faire.


 

Jessye Norman à la salle Pleyel, le 13 mai 2009

Publié dans Salle Pleyel

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