Une Tosca sans éclats

Publié le par Antonin



Gérard Mortier n’aime pas Puccini. Il n’a eu de cesse de le crier sur les toits au long de son mandat. Et, s’il paraissait difficile dans une maison comme l’opéra de Paris, d’en priver totalement le public, le directeur n’a pas daigné marquer de sa griffe le répertoire puccinien à Bastille. La preuve : cette Tosca toute droite sortie des années 90, qui donne une idée de ce qu’a pu être l’opéra d’avant-Mortier.

 

Il n’y a pas que des défauts dans cette mise en scène de l’Allemand Werner Schroeter, toute de classicisme et de traditions. De l’échafaudage sur lequel Cavadarossi peint dans la scène d’ouverture aux chandeliers de la table de Scarpia au deuxième acte, tous les éléments de décor attendus sont là. Seule originalité, peut-être pas indispensable d’ailleurs, la présence d’un cadavre au premier plan pendant toute la durée du troisième acte, comme pour faire peser l’ombre de Scarpia sur l’optimisme de la retrouvaille des amants.

 

Une mise en scène pour découvrir l’œuvre au plus proche de ce qui fut sans doute son esprit d’origine. Mais aussi une impression de déjà-vu pour les amateurs, à cause d’un manque manifeste d’ambition et d’imagination.

 

D’autant que la distribution, homogène et honorable, n’a pas non plus de quoi marquer les esprits. La Tosca d’Adina Nitescu est juste musicalement mais faible dramatiquement. Le Cavadarossi du ténor russe Aleksandrs Antonenko est solide, mais un brin monolithique. Son air du premier acte est plus convaincant que le lamento du dernier, où pointe encore le ténor triomphant qui fait claironner ses aigus quand il faudrait les adoucir, les rendre plus plaintifs. Quant au Scarpia de James Morris, sa jolie voix ne fait pas oublier un singulier manque de charisme et de machiavélisme.

 

Un spectacle qui ne fera pas date, donc, mais qu’on recommandera pour les néophytes de Puccini. Mais il reste certainement de la place pour repenser la mise en scène de cet opéra marqué par la Callas et Zeffirelli, et qui cherche toujours un second souffle.

 
Tosca de Giacomo Puccini à l’Opéra Bastille jusqu’au 5 juin 2009

Publié dans Opéra de Paris

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