Villazón qui montre des signes de fatigue, Alagna qui se variétise, la place de ténor de l’année 2009 restait sans doute à prendre. Après un Fidelio de Beethoven remarqué au début de l’année à l’Opéra Bastille, après un récital exigeant au Palais Garnier consacré à Britten et Strauss, Jonas Kaufmann est de retour au théâtre des Champs-Elysées dans un programme beaucoup plus grand public.
Le ténor allemand a pour lui, en plus d’un physique avantageux, un sens de la nuance qui fait souvent aux ténors qui cèdent trop facilement à l’effet que produit leur puissance. Kaufmann au contraire possède un don presque unique pour produire des aigus piani, veloutés, à peine détimbrés, qui rendent de la subtilité aux grands tubes du répertoire pour ténor comme le « Pourquoi me réveiller » extrait du Werther de Massenet, ou le « Che gelida manina » de la Bohème de Puccini. C’est d’autant plus admirable que le ténor est capable de produire en bis une « Dona è mobile » de Rigoletto dont l’éclat n’a rien à envier aux ténors les plus gueulards.
C’est sans doute dans le
répertoire français, avec de surcroît une diction presque parfaite, que le ténor quarantenaire est le plus irréprochable. Il faut l’entendre user de toutes les palettes de nuance pour transcender
l’air de la fleur de Carmen de Bizet ou dans Werther.
Alors, a-t-on trouvé la perle rare ? Peut-être pas. La faute à un chant trop italien pour chanter Wagner, mais peut-être pas tout à fait assez italien pour concurrencer les meilleurs dans Verdi ou Puccini. La faute surtout à une légère tendance à abuser de ce messa di voce qui fait son succès, mais qui finit par écœurer quand il écrase toute nuance pour s’imposer pendant un air entier. De ce point de vue, l’air du songe extrait du Manon de Massenet apparaît comme une limite du système Kaufmann, tant il paraît monocorde et donne envie de… dormir.
Mais on attend avec impatience d’entendre Kaufmann défier Rolando Villazón à l’opéra Bastille puisque c’est lui qui reprendra le rôle
de Werther à la Bastille l’an prochain.
Jonas Kaufmann en récital au Théâtre des Champs-Elysées, le 17 mars.
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Sauf que l’Opéra a choisi
de déterrer une version baryton de Werther, qui n’aurait jamais dû quitter son placard. Certes, celle-ci peut se targuer d’avoir connu l’approbation du compositeur lui-même puisqu’elle a été
créée dix ans après l’œuvre. Mais comment peut-on présenter au public une œuvre où, sans changer la partition de l’orchestre, on bouleverse la ligne de chant pour l’adapter à un baryton ? Comment
a-t-on pu offrir à des adaptations telles que celles que je fais dans ma douche le matin pour compenser mes difficultés dans l’aigu le statut d’une œuvre présentable sur scène ? C’est à
s’arracher les cheveux, à chaque fois que l’orchestre s’élève pour accompagner la voix, une voix qu’on entend au contraire descendre, comme impuissante. C’est d’autant plus insupportable quand on
a la partition originale dans l’oreille.
Pour lui rendre
justice, la production du théâtre des Champs Elysées a choisi de tempérer l’expérience de son chef d’orchestre par un plateau de chanteurs jeunes et encore relativement peu connus. Un choix
gagnant puisqu’il en résulte un spectacle rafraichissant, dynamique, débordant, parfois un peu indiscipliné mais toujours appliquée. Avec une distribution très homogène, menée par la Susanne tout
en charme et en espièglerie de la jeune Olga Peretyatko et le comte du basse italien Pietro Spagnoli, doté d’une voix particulièrement intéressante, capable de varier les couleur pour passer
d’une rudesse presque granitique à une très grande douceur. Seule déception, mais c’est une habitude, le Cherubino d’Anna Bonitatibus n’a pas toute l’ampleur nécessaire à ce rôle ingrat : deux
des plus beaux arie de Mozart, mais un second rôle un peu frustrant.
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