Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 10:44

 

Villazón qui montre des signes de fatigue, Alagna qui se variétise, la place de ténor de l’année 2009 restait sans doute à prendre. Après un Fidelio de Beethoven remarqué au début de l’année à l’Opéra Bastille, après un récital exigeant au Palais Garnier consacré à Britten et Strauss, Jonas Kaufmann est de retour au théâtre des Champs-Elysées dans un programme beaucoup plus grand public.

 

Le ténor allemand a pour lui, en plus d’un physique avantageux, un sens de la nuance qui fait souvent aux ténors qui cèdent trop facilement à l’effet que produit leur puissance. Kaufmann au contraire possède un don presque unique pour produire des aigus piani, veloutés, à peine détimbrés, qui rendent de la subtilité aux grands tubes du répertoire pour ténor comme le « Pourquoi me réveiller » extrait du Werther de Massenet, ou le « Che gelida manina » de la Bohème de Puccini. C’est d’autant plus admirable que le ténor est capable de produire en bis une « Dona è mobile » de Rigoletto dont l’éclat n’a rien à envier aux ténors les plus gueulards.

 

C’est sans doute dans le répertoire français, avec de surcroît une diction presque parfaite, que le ténor quarantenaire est le plus irréprochable. Il faut l’entendre user de toutes les palettes de nuance pour transcender l’air de la fleur de Carmen de Bizet ou dans Werther.

 

Alors, a-t-on trouvé la perle rare ? Peut-être pas. La faute à un chant trop italien pour chanter Wagner, mais peut-être pas tout à fait assez italien pour concurrencer les meilleurs dans Verdi ou Puccini. La faute surtout à une légère tendance à abuser de ce messa di voce qui fait son succès, mais qui finit par écœurer quand il écrase toute nuance pour s’imposer pendant un air entier. De ce point de vue, l’air du songe extrait du Manon de Massenet apparaît comme une limite du système Kaufmann, tant il paraît monocorde et donne envie de… dormir.

 

Mais on attend avec impatience d’entendre Kaufmann défier Rolando Villazón à l’opéra Bastille puisque c’est lui qui reprendra le rôle de Werther à la Bastille l’an prochain.


 

Jonas Kaufmann en récital au Théâtre des Champs-Elysées, le 17 mars.

 

Par Antonin - Publié dans : Théâtre des Champs Elysées
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Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 00:06

 

Villazón a récidivé ! Deux ans après les Contes d’Hoffman, déjà à l’Opéra Bastille, le ténor s’est à nouveau décommandé à la dernière minute pour la première de Werther de Jules Massenet. Passée la colère, on se dit que le ténor-vedette mexicain que les théâtres du monde entier s’arrachent a lui aussi le droit aux arrêts de travail, et qu’il faut donner sa chance à cette production du Staatsoper de Munich, qui a quelques autres beaux atouts à faire valoir : la mezzo-soprano nord-américaine Susan Graham, le baryton français Ludovic Tezier, et même des seconds rôles de premier choix comme Alain Vernhes dans le rôle du Bailly…

 

Las, le spectacle n’est pas du tout à la hauteur. On pourrait à la limite pardonner la mise en scène pesamment démonstrative de Jürgen Rose : un rocher au milieu de la scène pour montrer qu’on a affaire à un héros romantique, des décors tapissés d’écritures pour rappeler qu’il s’agit d’un roman épistolaire, un figurant avec un chapeau de paille et une fourche sur l’épaule pour souligner qu’on est à la campagne… Amateurs de subtilité, passez votre chemin. Mais qu’importe, on est venu voir de la musique, pas révolutionner la mise en scène d’un opéra dont, de toute façon, le livret n’est pas la première force.

 

On pardonnerait aussi la direction pas franchement inspirée du maestro Nagano. On ne peut pas être en forme tous les soirs. On veut bien faire crédit à ce grand chef des quelques maladresses qui émaillent la soirée, et d’une direction très sage et sans relief. Après tout, la discrétion du chef pourrait permettre de souligner la performance des chanteurs.

 

D’autant que le baryton Ludovic Tezier, qui remplace Rolando Villazón au pied levé, n’est pas le premier venu. Une voix magnifique, un style très sûr, une diction impeccable, un jeu tout en retenue qui n’est pas sans émotion. Bien secondé, en plus, par la mezzo Susan Graham, qui ajoute à la qualité vocale qu’on lui connaît un vrai talent dramatique. Certes, l’opéra de Paris fait une nouvelle fois appel au médiocre baryton Franck Ferrari qui a, semble-t-il, le même abonnement que moi  puisque je le retrouve à chaque fois que je viens… La Sophie d’Adriana Kucerova serait acceptable si son français était moins désastreux. Bref, les ingrédients étaient réunis pour une soirée moyenne telle que l’opéra de Paris nous en offre souvent.

 

Sauf que l’Opéra a choisi de déterrer une version baryton de Werther, qui n’aurait jamais dû quitter son placard. Certes, celle-ci peut se targuer d’avoir connu l’approbation du compositeur lui-même puisqu’elle a été créée dix ans après l’œuvre. Mais comment peut-on présenter au public une œuvre où, sans changer la partition de l’orchestre, on bouleverse la ligne de chant pour l’adapter à un baryton ? Comment a-t-on pu offrir à des adaptations telles que celles que je fais dans ma douche le matin pour compenser mes difficultés dans l’aigu le statut d’une œuvre présentable sur scène ? C’est à s’arracher les cheveux, à chaque fois que l’orchestre s’élève pour accompagner la voix, une voix qu’on entend au contraire descendre, comme impuissante. C’est d’autant plus insupportable quand on a la partition originale dans l’oreille.

 

Mise en scène médiocre, direction passive, chanteurs moyens, version discutable, le bilan est assez lourd. Le retour de Villazón améliorera au moins les deux derniers défauts, qui sont les plus rédhibitoires. Mais cela suffira-t-il ?

 

Werther de Massenet à l’Opéra Bastille, jusqu’au 26 mars 2009 (Ludovic

Tezier remplacera définitivement Rolando Villazón à partir du 22 mars)

Par Antonin - Publié dans : Opéra de Paris
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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 19:31

 

 

Depuis les abominables Noces de Figaro de Christophe Marthaler à l’opéra Garnier il y a trois ans, toutes de mauvais goût et de provocation, on n’avait plus vu ce chef d’œuvre de Mozart à Paris. Un oubli réparé par une production du théâtre des Champs-Elysées qui prend l’exact contrepied de l’hérésie d’il y a trois ans. C’est que l’expérimenté Marc Minkowski qui dirige son orchestre des Musiciens du Louvre a choisi de faire de cette œuvre majeure l’occasion de mettre en avant le génie de Mozart et non le sien propre. D’où une grande sobriété générale, qui doit s’interpréter comme une forme de modestie face à l’ampleur de l’œuvre.

 

Pour lui rendre justice, la production du théâtre des Champs Elysées a choisi de tempérer l’expérience de son chef d’orchestre par un plateau de chanteurs jeunes et encore relativement peu connus. Un choix gagnant puisqu’il en résulte un spectacle rafraichissant, dynamique, débordant, parfois un peu indiscipliné mais toujours appliquée. Avec une distribution très homogène, menée par la Susanne tout en charme et en espièglerie de la jeune Olga Peretyatko et le comte du basse italien Pietro Spagnoli, doté d’une voix particulièrement intéressante, capable de varier les couleur pour passer d’une rudesse presque granitique à une très grande douceur. Seule déception, mais c’est une habitude, le Cherubino d’Anna Bonitatibus n’a pas toute l’ampleur nécessaire à ce rôle ingrat : deux des plus beaux arie de Mozart, mais un second rôle un peu frustrant.

 

Quelques trouvailles de mise en scène – la très cocasse fuite de Cherubino par la fosse d’orchestre, par exemple – n’effacent pas tout à fait la médiocrité des décors, essentiellement constitués de tableaux d’un goût douteux. Pas de quoi altérer cependant le coup de fraîcheur que cette production donne à un opéra souvent maltraité. Beaumarchais se réjouirait de voir l’espièglerie et la légèreté de sa pièce si bien rendues.

 

Le Nozze di Figaro de Mozart au Théâtre des Champs-Elysées, jusqu’au 7 mars 2009.

Par Antonin - Publié dans : Théâtre des Champs Elysées
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Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /Fév /2009 19:29


Il faut un début à tout. Ce blog commence alors que la saison lyrique est bien entamée, et de nombreux spectacles auraient mérité d’y figurer… Mais à quoi bon revenir sur ces spectacles terminés, dont j’ai moi-même souvent un souvenir imprécis. Je commencerai donc seulement pas une sorte de palmarès des spectacles que j’ai retenus de ce début de saison.

 

J’ai aimé :

- Lady Macbeth de Msensk de Chostakovitch à l’Opéra Bastille au mois de janvier : une œuvre riche et subtile quoiqu’un peu bruyante, magnifiée par la mise en scène provocante et brillante de Martin Kušej. L’interprétation du rôle de Katerina Lvovna Ismailova par la soprano néerlandaise Eva-Maria Westbroek restera dans les annales. Quelques scènes comme son accouplement sauvage avec le ténor Michael König, magnifiquement accompagné par la lumière des stroboscopes rendent à l’œuvre toute sa modernité. Un spectacle pour tous les publics majeurs et vaccinés.

- Ercole sul Termodonte de Vivaldi au théâtre des Champs-Elysées : le travail de Fabio Biondi sur Vivaldi est à comparer avec celui d’un Pablo Casals ou d’un Glenn Gould pour Bach. On n’écoutera plus jamais ce compositeur comme avant après Biondi. Exhumation, dépoussiérage, interprétation de référence. On doit tout ça à Fabio Biondi qui nous avait régalés il y a quelques mois à la salle Pleyel d’un Bajazet d’anthologie. Sans être tout à fait à la hauteur, son Ercole, dont on attend la version CD, fait un pas de plus vers la réhabilitation de Vivaldi parmi les géants de l’opéra. La présence d’un plateau de chanteurs de très grande qualité parmi lesquels la gloire montante du chant français Philippe Jaroussky n’y est pas étrangère.

 

J’ai moins aimé :

- Le Rigoletto de Verdi à l’opéra Bastille en septembre : aussitôt vu, déjà oublié. Les ingrédients étaient là, pourtant. Le solide Rigoletto, quoiqu’un peu fatigué de Juan Pons, la voix triomphante du Duc de Mantoue de Stefano Secco, la mise en scène étonnamment classique et effacée du très controversé Jérôme Savary… Pourtant la mayonnaise n’a pas pris. Plus qu’un mauvais souvenir, un non-souvenir.

- La Flûte enchantée de Mozart à Bastille en novembre, dans une mise en scène iconoclaste et pas toujours inintéressante, mais desservie par un plateau de chanteurs sans éclat. La provocation, pourquoi pas, mais à condition d’assurer les bases…

- Le Cosi fan tutte de Mozart au théâtre des Champs-Elysées en novembre : un spectacle terne dans sa mise en scène comme dans le chant. Pas désagréable, certes, surtout que les jeunes chanteurs ne manquent pas d’enthousiasme. Mais ennuyeux et pâlot, à l’image de décors et de costumes d’un beige uniforme.

 

 

Je n’ai pas du tout aimé :

Roberto Alagna en récital à la salle Pleyel. Dans l’article que j’avais écrit alors pour Francesoir.fr, j’avais essayé d’épargner le ténor populaire qui continue à séduire dans les chaumières à coups de roucoulades staracadémiques. Mais si je ne crache pas sur l’ouverture de l’opéra à de nouveaux publics, il ne faut pas confondre popularisation et vulgarisation. Roucouler dans un micro, voilà qui rapporte plus d’argent au roucouleur que de public aux salles d’opéra.

 

 

Par Antonin
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