Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 21:40

 

 

Privé d'un des concerts les plus attendus de l'année, je n'ai pas voulu en priver mes lecteurs. De notre envoyé spécial au théâtre des Champs Elysées, le frère de votre serviteur, le récit d'un retour attendu depuis... deux ans.

 

 

 

 

Rolando-Villazon.JPG

 

« My voice is back ! ». Il y a quelques mois, cet enregistrement vidéo du ténor franco-mexicain Rolando Villazón avait fait la joie de ses très nombreux admirateurs. Presque un an après son opération des cordes vocales, l’étoile montante de la scène lyrique annonçait son prochain retour sur les planches. Et effectivement, après Vienne et Berlin, c’est ce dimanche avec le public parisien que Rolando Villazón faisait ses retrouvailles, à l’occasion d’un récital en compagnie de la pianiste Hélène Grimaud. Des retrouvailles placées sous le signe de l’impatience et de l’inquiétude, impatience d’entendre à nouveau cette voix inimitable, et inquiétude qu’elle ne soit irrémédiablement altérée.

 

Eh bien qu’on se rassure : Rolando Villazón est bien de retour ! Le timbre n’a pas changé, magnifiquement chaud et coloré. Le formalisme de l’exercice ne peut rien contre la présence magnétique du ténor, qui n’a rien perdu non plus de son humour. De fait, le public est ravi ; et pourtant déconcerté. En effet, le programme n’offre que peu de place aux virtuosités qui font d’ordinaire la réputation des grands ténors. Pas de contre-ut ni de vocalises, mais des mélodies françaises, canciones espagnoles et lieders allemands. Autant de genres qui réclament une technique toute particulière, fort différente de l’opéra. Moins éclatante et sonore, la voix doit articuler avec souplesse et retenue la musique avec des textes dont la poésie est elle-même d’une grande musicalité. « La vie antérieure » de Baudelaire par exemple n’est pas un livret d’opéra, mais une œuvre d’art à part entière qu’il s’agit de traiter comme telle. Ainsi, alors que le public semblait attendre l’incandescent Villazón de Verdi ou Haendel, c’est un Villazón tout en nuances et en retenue qui se tenait sur les planches du Théâtre des Champs Elysées. Et c’est l’occasion de découvrir une nouvelle facette de cet immense artiste. En effet, même s’il faut regretter un net défaut de prononciation dans le répertoire français, Rolando Villazón parvient à créer une atmosphère intimiste où l’émotion jaillit d’un phrasé d’une grande finesse. Alternant les mélodies passionnées et mélancoliques, il fait la preuve une fois de plus d’une intelligence dramatique impressionnante. Ainsi, son interprétation des « Amours du poète » de Schumann parvient à transmettre toute la poésie du texte malgré la barrière de la langue.

 

Villazon-2.JPG

 

D’autant que ce répertoire permet au ténor d’exploiter toute la richesse de son timbre sombre et ambré. Il en arrive à chanter presque plus souvent dans une tessiture de baryton que de ténor. A certains moments, la voix semble alors comme prisonnière de notes trop graves et la projection vocale en pâtit. On ne peut manquer de se demander si ce choix ne reflète que l’orientation d’un récital en particulier, ou s’il s’agit d’un tournant artistique plus décisif. A n’en pas douter, il s’agit avant tout pour le ténor de trente-huit ans de ménager un instrument dont il a touché du doigt la fragilité. Rolando Villazón se préserve, refusant un bis malgré les nombreux rappels. Celui qui se comparait à Prométhée a compris qu’il ne suffisait pas d’avoir volé le feu aux dieux, il fallait le garder sans s’y brûler.

 

Seul regret de la soirée, ne pas avoir eu l’occasion d’entendre davantage la pianiste Hélène Grimaud, dont l’excellent accompagnement ne semble qu’un aperçu de l’ampleur de son talent. Elle avait ce dimanche choisi de s’effacer pour laisser le public parisien tout à la joie de retrouver la voix et la présence d’un de ses chanteurs préférés. Des retrouvailles enthousiastes, troublées par une pointe d’incompréhension (à se demander qui avait lu le programme…), mais qui prouvent, qu’en plus d’avoir retrouvé sa voix, Rolando Villazón n’a pas perdu sa faculté à nous surprendre, ni à nous émerveiller.

 

 

Rolando Villazon, en récital au Théâtre des Champs-Elysées, le 18 avril 2010

Par Antonin - Publié dans : Théâtre des Champs Elysées
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Samedi 17 avril 2010 6 17 /04 /Avr /2010 19:12

Photo Elisabeth Carecchio pour l'Opéra Comique  

 

Jour après jour, malgré des critiques parfois injustes, l’Opéra comique reprend sa place, et son rôle particulier dans le paysage lyrique parisien. Un rôle qui tient d’abord à la défense d’un répertoire. Certes, le patrimoine français d’opéra comique est inégal, mais il comporte aussi quelques chefs-d’œuvre que cette maison peut seule espérer tirer de l’oubli. Et Mignon d’Ambroise Thomas est de ceux-là. Le hasard a voulu que de ce compositeur à succès de la fin du XIXe siècle, on retienne surtout aujourd’hui son Hamlet, une œuvre de qualité, mais  pas aussi riche que Mignon. Sans doute les morceaux de bravoure du baryton ont-ils poussés quelques stars comme Thomas Hampson à redonner tout son lustre à cette partition, ce que bien peu de gens avaient pris la peine de faire pour Mignon.

 

C’est chose faite avec cette nouvelle production de Jean-Louis Benoit, et de fort belle manière. D’aucuns reprocheront sans doute à cette mise en scène une forme de classicisme, qui tient d’abord à l’indigence des décors. Budget de crise, sans doute ? Mais elle est largement compensée par une direction d’acteur qui sent le grand professionnel du théâtre. Certes largement aidé par une distribution presque entièrement francophone, Jean-Louis Benoît a manifestement travaillé sur le problème fondamental de l’opéra comique, l’articulation entre dialogues parlés et airs chantés. Et donne à l’ensemble un véritable intérêt théâtral, au service d’une histoire un peu triviale, mais pas déplaisante.

 

L’univers musical de cet ouvrage valable et méconnu frappe d’abord par sa richesse et sa variété. Et dans ce domaine, on peut compter sur le chef François-Xavier Roth pour tirer de l’orchestre philarmonique de Radio France des couleurs riches et foisonnantes, même dans cet effectif restreint. Pas sûr que l’idée de tourner le chef d’orchestre vers la salle apporte grand-chose au résultat. Les équilibres orchestraux n’en sortent pas bouleversés, même si les distances relatives au public des cordes se trouvent mécaniquement inversés par le fait qu’elles tournent le dos au public. Le prétendu retour au source qui fonde cette inversion n’est pas plus un argument que d’habitude. Seule pourrait la justifier une différence en terme d’acoustique qui, en l’occurrence, ne m’a pas frappé. Reste la gêne relative d’avoir sans cesse dans son champ visuel les gesticulations d’un chef qui, malgré une relative sobriété d’ensemble, cède parfois au tic d’entonner lui-même les paroles des chanteurs, et dont l’étrange juxtaposition avec les chanteurs crée une perturbation pas franchement nécessaire.

 

Le plateau de chanteur est dominé par la véritable révélation qu’est la Mignon de la mezzo-soprano française Marie Lenormand. Dotée d’un authntique don pour le théâtre, elle confère à ce personnage facilement terne une personnalité évolutive et touchante, passant du garçon manqué, farouche et gauche à la féminité éclatante. Marie Lenormand réussit le tour de force de rendre profondément crédible ce drame un peu attendu. Et tout cela est servi par une voix dont le médium est la principale force, un registre particulièrement sollicité par ce rôle sombre. Une voix qui de surcroît épouse parfaitement les spécificités du lieu, les dimensions réduites de la salle lui permettant une approche subtile et nuancée, presque intimiste. Son « connais-tu le pays » de l’acte I est sans doute l’air le plus marquant d’une œuvre qui regorge pourtant de refrains entêtants.

 

Photo Elisabeth Carecchio pour l'Opéra Comique  

 

A ses côtés, l’ensemble de la distribution est digne à honorable. La virevoltante Philine de Malia Bendi-Merad possède une technique extrêmement propre et un talent de diction qui lui permettent de se jouer des difficultés de son rôle, avec une aisance qui ne va pas sans rappeler quelques gloires de la salle Favart comme Renée Doria. Le seul non-francophone de la bande, le ténor espagnol Ismael Jordi, joue assez finement ce statut à part pour se construire un personnage un peu décalé, certes moins touchant que celui de Mignon mais non moins crédible.

 

Le Lothario de Nicolas Cavallier et le Laërte de Christophe Mortagne sont chacun doté d’une belle voix sonore, mais peinent, à la différence de Marie Lenormand, à prendre la mesure d’une salle et d’un soutien orchestral qui n’ont pas besoin d’une telle puissance. La chose est particulièrement gênante dans les ensembles où ces voix nobles tendent à écraser la fragile élégance de l’héroïne.

 

Comme toutes les redécouvertes réussies, celle de Mignon a suffisamment de charme pour rendre justice à l’œuvre, mais suffisamment de défauts pour faire rêver d’une mise en scène plus moderne, avec des décors plus travaillés. Mais ce premier jet est déjà un bonheur.

 

 

Mignon d’Ambroise Thomas à l’Opéra comique, jusqu’au 18 avril 2010.

Par Antonin - Publié dans : Opéra comique
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Samedi 10 avril 2010 6 10 /04 /Avr /2010 18:55

 

Saimir-Pirgu-et-Nathalie-Manfrino.jpg

 

Les salles parisiennes sont souvent frileuses à l’idée d’exposer en récital des chanteurs dont la notoriété ne soit pas éprouvée par des années de scènes. C’est sans doute le domaine où l’audace est la plus inexistante, les seules vedettes pouvant espérer avoir les honneurs d’une soirée complète. Chacun peut le regretter, mais non point s’en étonner lorsqu’on voit le peu d’engouement que suscite à Paris la présence en tête d’affiche de noms un peu moins connus, comme ceux de la soprano française Nathalie Manfrino et du ténor albanais Saimir Pirgu. Deux espoirs de l’opéra mondial qui à moins de trente ans s’affrontent au grand répertoire, prenant de front les couples mythiques Villazón-Netrebko ou Alagna-Georghiu sur leur propre terrain.

 

Si l’affiche méritait mieux qu’une salle aux deux tiers pleine, on ne saurait non plus parler d’une révélation. Les points positifs y sont pourtant nombreux. Et d’abord une programmation plutôt bien pensée, où les grands airs du répertoire sont agencés dans une progression musicale et dramatique qui va au-delà de la simple juxtaposition de tubes. Certes, on aurait pu rêver d’un peu plus d’originalité dans le choix des extraits. La première partie, consacrée à l’opéra français, ne nous réserve aucune surprise, du duo de Saint Sulpice de Manon au duo de l’alouette et du rossignol de Roméo et Juliette en passant par l’inévitable « pourquoi me réveiller » de Werther. Et pas davantage d’originalité dans la partie italienne du répertoire, en particulier du côté du ténor qui ne nous épargne ni la « furtiva lagrima » ni la « donna mobile ». Réjouissante en revanche était l’introduction dans ce programme attendu d’un très bel extrait des Capuletti e i Montecchi de Bellini « Oh ! Quante volte ».

 

Saimir-Pirgu-2.JPGC’est de toute façon du côté féminin qu’on trouvera le plus de satisfaction de la soirée : Saimir Pirgu a certes un CV plus impressionnant à seulement vingt-huit ans. Il sera par exemple Alfredo à Covent Garden dès le mois de mai. Mais soit qu’il ait insuffisamment programmé son concert (c’était à l’origine le ténor italien Francesco Meli qui était annoncé), soit par défaut d’engagement, soit encore par manque d’affinité avec le répertoire français, il semble détaché et mal à son aise. La voix est certes facile, ample, mâle, mais tout cela manque de subtilité : les aigus passent en force, les nuances sont inexistantes, le legato manque de souplesse. Pour faire frissonner la salle, le ténor peut toujours utiliser l’arme absolue du contre-ut, mais c’est un artifice bien inoffensif quand il s’agit de chanter Manon.

 

Si elle est capable de sortir un suraigu presque crispant à la fin du « Dis-moi que je suis Nathalie-Manfrino.jpgbelle » de Thaïs, Nathalie Manfrino est plus subtile. Et mieux pourvue pour le chant français qu’elle a l’avantage de chanter sans accent. Mais c’est aussi dans l’opéra italien, dont elle est moins réputée spécialiste, que la jeune soprano révèle tout son potentiel, avec notamment un « Addio del passato » tout en nuances. La voix peut sans doute s’épaissir dans le medium, s’affermir dans les rôles les plus dramatiques, mais la chanteuse possède à n’en pas douter un potentiel, qui devrait lui permettre d’apparaître bientôt sur les grandes scènes qui ne lui ont pas encore toutes ouvert leurs portes.

 

Seule faiblesse de la soirée, l’Orchestre national de Lille et surtout la direction de Patrick Fourmillet, à la fois routinière et pesante, imprécise et peu imaginative. Tantôt écrasant les chanteurs avec des percussions omniprésentes, tantôt pas assez rigoureux dans le soutien, avec des tempi improbables quand ils ne sont pas illisibles. Sans parler de l’agaçant maniérisme du chef d’orchestre qui semble le seul transporté par la cacophonie de son ouverture du Roméo et Juliette de Gounod.

 

La presse qui s’était enthousiasmé de la performance de ces deux chanteurs dans la lumière de Plácido Domingo lors des représentations de Cyrano de Bergerac de Franco Alfano au Châtelet, n’a pas suivi ce duo prometteur hors  l’éclairage de la star espagnole. Le public non plus. Et c’est bien dommage.

 

 

Nathalie Manfrino et Saimir Pirgu en concert à la Salle Pleyel le 8 avril 2010.

Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 23:02

Passion-selon-Saint-Jean-Pleyel.JPG

 

Pâques, ses messes, ses chocolats, ses œufs, ses agneaux, et ses passions. De toutes les traditions pascales, sans doute la plus chère au mélomane, et celle qui le mieux célèbre le génie humain sinon le souffle divin. La Passion selon saint Jean de Bach, représentée ce samedi saint à la Salle Pleyel, n’a peut-être pas la même ampleur que sa cadette inspirée de saint Mathieu, mais elle possède à la fois une puissance dramatique supérieure, et des airs qui concentrent en quelques notes toute l’intensité de la passion, comme cet hallucinant final « Ruht wohl, ihr heilligen Gebeine » ou l’éblouissant « Es is vollbracht » où la voix de l’alto portée par la seule viole de gambe atteint les tréfonds de la lamentation.

 

Marc-Minkowski.jpg Le fondement du succès de l’étonnante interprétation qu’en propose Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, c’est le choix lumineux de réduire le chœur aux solistes. Avec huit chanteurs seulement et un orchestre réduit à vingt-trois instrumentistes, la passion retrouve une dimension humaine qui, contrairement aux apparences, n’est en rien un obstacle à la spiritualité et à la majesté du résultat. Simplement parce que cette sobriété de forme s’accommode fort bien de l’esthétique et la spiritualité luthériennes dont Bach est la manifestation la plus aboutie. De même que le fait que les solistes sont à chaque fois issus du groupe qui tient lieu de chœur, d’assemblée des fidèles, jusqu’au Christ qui lui-même, descendu parmi nous, n’est que la basse du chœur. Tout cela redessine les équilibres musicaux d’une façon fort convaincante si l’on pardonne le peu de logique dramatique qu’il y a à voir le Christ lui-même ou l’évangéliste se mêler aux voix qui exigent la condamnation du messie.

 

Musicalement, la réduction des effectifs orchestraux et choraux permet une légèreté et une souplesse d’exécution qui permettent une grande variété de couleurs et de nuances. Quel contraste entre la sauvagerie du chœur des Juifs exigeant la mise à mort de Jésus et l’infinie peine qui se dégage des chœurs du final ! Et entre les cordes surtendues, presque crissantes qui semblent figurer les coups de fouet que décrit l’évangéliste au cours du calvaire et la couleur crépusculaire de la magnifique viole de gambe qui accompagne le « Es is vollbracht ». Plus généralement, la coloration des hautbois et des bassons d’époque, celle des cordes qui se marient merveilleusement avec des voix toutes spécialisées dans ce type de répertoire permet à une harmonie d’ensemble d’émerger, qui fait bien vite oublier les quelques inévitables faiblesses qui accompagne

 

Et d’abord en termes purement spatiaux : l’usage qui consiste à situer les solistes devant l’orchestre tandis que le chœur se tient à l’arrière n’est pas que le résultat d’une tradition arbitraire. Cette disposition entérinée par l’usage se fonde surtout sur les nécessités d’équilibre des volumes sonores, et malgré tous les efforts de Marc Minkowski et de son orchestre pour ne pas couvrir les voix des solistes relégués à l’arrière de la scène, le résultat n’est pas toujours pleinement satisfaisant. Markus Brutscher, qui chante l’évangéliste, a heureusement une voix ronde et puissante qui remplit l’espace sonore sans jamais forcer et domine sans effort apparent l’ensemble de l’orchestre. Du côté féminin, on s’impose également sans difficulté, et ce sont des équilibres différents, mais convaincants qui se dégage de l’ensemble, quitte à faire descendre quelques marches à l’alto Helena Rasker pour stabiliser l’ensemble. Moins convaincant en revanche le haute-contre Owen Willetts, ou plus gênant, la basse Christian Immler, qui chante Jésus.

 

Markus-Brutscher.jpg

 

C’est d’ailleurs de ce côté qu’on trouvera le seul défaut d’une distribution par ailleurs mieux qu’honorable. En confiant le rôle du sauveur à un basse, un choix plutôt rare, Bach choisissait d’insister sur la majesté du personnage, de lui donner une noblesse et un volume vocal qui le distingue et l’individualise. Mais avec la basse barytonnante de Christian Immler n’a ni le volume ni l’ampleur qui conviennent au personnage, affadissant d’autant le personnage, ce qui est un comble. 

 

Mais au-delà de cette relative faiblesse, c’est avec un grand plaisir qu’on aura retrouvé cette Passion plutôt rare à Paris, servie par un orchestre de grande qualité et des solistes de très bon niveau. Sans aucun doute, si Marc Minkowski a largement diversifié son répertoire, il a encore beaucoup à nous faire découvrir dans Bach.

 

 

Passion selon Saint Jean, de Jean-Sébastien Bach, le 3 avril 2010.

Par Antonin
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 22:49

Juan-Diego-Florezphoto-Decca-Jason-Bell.jpg  

 

C’est une star du Bel canto qui fait cette fin de saison un retour en force dans le paysage lyrique parisien. Après des succès critiques considérables en particulier à New-York, Juan Diego Florez a posé ses valises en France. On le verra au mois de juin à la Bastille pour chanter une rareté de Rossini, la Dona del Lago, avant de le retrouver aux chorégies d’Orange aux côtés de Natalie Dessay avec qui il a connu ses plus beaux succès outre-atlantique. Et pour inaugurer cette série, la star péruvienne était à la salle Pleyel le 29 mars pour des retrouvailles avec ses inconditionnels.

 

Première déception, le retour du ténor après plusieurs années d’absence n’a pas déplacé les foules : de larges pans du parterre restent vides lors de son entrée en scène. La soirée donnera raison aux absents. Pour ceux qui avaient dans l’oreille le précédent passage du ténor rue du Faubourg Saint Honoré, il y a deux ans, la déception était grande.

 

D’abord parce que Juan Diego Florez n’est pas très en voix. Une intoxication alimentaire, expliquera-t-il dans son français plus qu’approximatif avant de mettre fin prématurément à la soirée après un seul bis. Mais dès les premières notes, on sent en effet que la voix n’est pas au sommet. Le timbre conserve de sa clarté, et de son brillant, mais avec un brin de rigidité, et des aigus un peu forcés parfois qui ne sont pas familiers de ce ténor dont la facilité est la principale caractéristique. Cette impression initiale va en se confirmant, en particulier dans les véritables airs de ténor lyrique qui closent la soirée comme « Pour me rapprocher de Marie » extrait de la Fille du régiment ou « Viens gentille dame » extrait la Dame blanche.

 

Plus que jamais, pourtant, c’est l’aigu de ce champion du contre-ut qui transporte les foules, les cris de joie de la salle résonnant en écho et en proportion des exploits vocaux du triomphateur. Et il est vrai qu’il y a de quoi être impressionné, surtout lorsqu’on l’entend toussoter entre les airs. Mais tout cela est si peu nuancé, si peu varié, si monocolore, qu’il y a aussi de quoi s’ennuyer.

 

Florez-Pleyel-2.JPGD’autant que le programme, démesurément ambitieux, recouvre une infinie variété stylistique qui exigerait au contraire d’aborder chacun de manière différente. Une fois de plus, la série « les grandes voix » préfère mettre en avant les compositeurs et les extraits les plus populaires Gluck, Rossini, Donizetti, sans le moins du monde se soucier de la cohérence musicale. Je n’ai pas pour ma part d’opposition de principe à entendre un pur belcantiste tel que Florez s’attaquer à Gluck. Son « j’ai perdu mon Eurydice » ne manque d’ailleurs pas de charme, même s’il est aux antipodes de l’esthétique baroque. Mais enchaîner les deux airs de Gluck avec trois extraits de l’Otello de Rossini est le meilleur moyen d’affadir l’un ou d’aplatir l’autre, surtout lorsque ces compositeurs si éloignés l’un de l’autre sont chanté dans une parfaite continuité que rien ne vient perturber sinon les allers-retours-applaudissements du chanteur et de son pianiste qui scandent la soirée avec un systématisme un peu agaçant.

 

Plus en forme et plus en voix, Juan Diego Florez reste certainement un grand ténor belcantiste. Même si ses excursions hors de son domaine de prédilection peuvent charmer ici ou là, elles ne sauraient être qu’un appoint, une curiosité, un bis de fin de spectacle. Bref, le ténor vaut mieux que ce qu’il a montré ce soir.

 

 

Juan Diego Florez, en récital à la Salle Pleyel le 29 mars 2010.

Par Antonin
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