Privé d'un des concerts les plus attendus de l'année, je n'ai pas voulu en priver mes lecteurs. De notre envoyé spécial au théâtre des Champs Elysées, le frère de votre serviteur, le récit d'un retour attendu depuis... deux ans.
« My voice is back ! ». Il y a quelques mois, cet enregistrement vidéo du ténor franco-mexicain Rolando Villazón avait fait la joie de ses très nombreux admirateurs. Presque un an après son opération des cordes vocales, l’étoile montante de la scène lyrique annonçait son prochain retour sur les planches. Et effectivement, après Vienne et Berlin, c’est ce dimanche avec le public parisien que Rolando Villazón faisait ses retrouvailles, à l’occasion d’un récital en compagnie de la pianiste Hélène Grimaud. Des retrouvailles placées sous le signe de l’impatience et de l’inquiétude, impatience d’entendre à nouveau cette voix inimitable, et inquiétude qu’elle ne soit irrémédiablement altérée.
Eh bien qu’on se rassure : Rolando Villazón est bien de retour ! Le timbre n’a pas changé, magnifiquement chaud et coloré. Le formalisme de l’exercice ne peut rien contre la présence magnétique du ténor, qui n’a rien perdu non plus de son humour. De fait, le public est ravi ; et pourtant déconcerté. En effet, le programme n’offre que peu de place aux virtuosités qui font d’ordinaire la réputation des grands ténors. Pas de contre-ut ni de vocalises, mais des mélodies françaises, canciones espagnoles et lieders allemands. Autant de genres qui réclament une technique toute particulière, fort différente de l’opéra. Moins éclatante et sonore, la voix doit articuler avec souplesse et retenue la musique avec des textes dont la poésie est elle-même d’une grande musicalité. « La vie antérieure » de Baudelaire par exemple n’est pas un livret d’opéra, mais une œuvre d’art à part entière qu’il s’agit de traiter comme telle. Ainsi, alors que le public semblait attendre l’incandescent Villazón de Verdi ou Haendel, c’est un Villazón tout en nuances et en retenue qui se tenait sur les planches du Théâtre des Champs Elysées. Et c’est l’occasion de découvrir une nouvelle facette de cet immense artiste. En effet, même s’il faut regretter un net défaut de prononciation dans le répertoire français, Rolando Villazón parvient à créer une atmosphère intimiste où l’émotion jaillit d’un phrasé d’une grande finesse. Alternant les mélodies passionnées et mélancoliques, il fait la preuve une fois de plus d’une intelligence dramatique impressionnante. Ainsi, son interprétation des « Amours du poète » de Schumann parvient à transmettre toute la poésie du texte malgré la barrière de la langue.
D’autant que ce répertoire permet au ténor d’exploiter toute la richesse de son timbre sombre et ambré. Il en arrive à chanter presque plus souvent dans une tessiture de baryton que de ténor. A certains moments, la voix semble alors comme prisonnière de notes trop graves et la projection vocale en pâtit. On ne peut manquer de se demander si ce choix ne reflète que l’orientation d’un récital en particulier, ou s’il s’agit d’un tournant artistique plus décisif. A n’en pas douter, il s’agit avant tout pour le ténor de trente-huit ans de ménager un instrument dont il a touché du doigt la fragilité. Rolando Villazón se préserve, refusant un bis malgré les nombreux rappels. Celui qui se comparait à Prométhée a compris qu’il ne suffisait pas d’avoir volé le feu aux dieux, il fallait le garder sans s’y brûler.
Seul regret de la soirée, ne pas avoir eu l’occasion d’entendre davantage la pianiste Hélène Grimaud, dont l’excellent accompagnement ne semble qu’un aperçu de l’ampleur de son talent. Elle avait ce dimanche choisi de s’effacer pour laisser le public parisien tout à la joie de retrouver la voix et la présence d’un de ses chanteurs préférés. Des retrouvailles enthousiastes, troublées par une pointe d’incompréhension (à se demander qui avait lu le programme…), mais qui prouvent, qu’en plus d’avoir retrouvé sa voix, Rolando Villazón n’a pas perdu sa faculté à nous surprendre, ni à nous émerveiller.
Rolando Villazon, en récital au Théâtre des Champs-Elysées, le 18 avril 2010
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

belle » de Thaïs, Nathalie Manfrino est plus subtile. Et mieux pourvue pour le chant français qu’elle a l’avantage de chanter sans accent. Mais c’est aussi dans l’opéra
italien, dont elle est moins réputée spécialiste, que la jeune soprano révèle tout son potentiel, avec notamment un « Addio del passato »
tout en nuances. La voix peut sans doute s’épaissir dans le medium, s’affermir dans les rôles les plus dramatiques, mais la chanteuse possède à n’en pas douter un potentiel, qui devrait lui
permettre d’apparaître bientôt sur les grandes scènes qui ne lui ont pas encore toutes ouvert leurs portes.
Le fondement du succès de l’étonnante interprétation qu’en propose Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, c’est le choix lumineux de réduire le chœur aux solistes. Avec huit
chanteurs seulement et un orchestre réduit à vingt-trois instrumentistes, la passion retrouve une dimension humaine qui, contrairement aux apparences, n’est en rien un obstacle à la spiritualité
et à la majesté du résultat. Simplement parce que cette sobriété de forme s’accommode fort bien de l’esthétique et la spiritualité luthériennes dont Bach est la manifestation la plus aboutie. De
même que le fait que les solistes sont à chaque fois issus du groupe qui tient lieu de chœur, d’assemblée des fidèles, jusqu’au Christ qui lui-même, descendu parmi nous, n’est que la basse du
chœur. Tout cela redessine les équilibres musicaux d’une façon fort convaincante si l’on pardonne le peu de logique dramatique qu’il y a à voir le Christ lui-même ou l’évangéliste se mêler aux
voix qui exigent la condamnation du messie.

Derniers Commentaires