Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 21:55



C’est un tournant pour mon blog, qui s’internationalise en s’offrant une tournée en forme de retour au source dans le berceau de l’opéra. Tout commence à Parme. Parme, son fromage, son équipe de foot, sa cathédrale et… son festival Verdi. Pendant un mois, la petite ville de Parme vit au rythme de Verdi, Verdi est partout, dans les rues, les cinémas, les expositions, sur les voitures et jusque dans les magasins de sous-vêtements.



 

Le théâtre Regio de Parme qui accueille l’essentiel de l’événement est un haut lieu de l’opéra digne des plus grandes salles d’Europe. Une acoustique particulière, presque trop brute, qui donne l’impression d’être au premier rang même du plus haut des balcons et une forme oblongue avec cinq étages de corbeilles, mauvaises pour les torticolis mais excellentes pour l’acoustique sont les principales particularités de ce haut lieu de l’Emilie, à quelques kilomètres du lieu où Verdi a passé le plus clair de son existence. Dans de telles conditions, on comprendra que le ton exigeant qui est celui de mon blog laisse ici un peu la place au plaisir de redécouvrir Verdi dans un lieu mythique si beau et si propice.

 

Cette année, c’est le jeune Verdi qui est à l’honneur, avec en tête d’affiche le patriotique Nabucco, et une rareté, I Due Foscari, avec en vedette dans les deux cas le vétéran Leo Nucci (qui fut déjà Foscari à la Scala au printemps dernier). Pour ma part, c’est au second que j’ai assisté, en l’absence de Leo Nucci, remplacé pour l’occasion par Claudio Sgura, qui malgré son jeune âge remporte un triomphe dans le rôle du vieillard Foscari. Un triomphe d’autant plus flatteur que le public ici est connaisseur, et n’applaudit pas par politesse.

 

I Due Foscari, l’histoire du fils du doge de Venise injustement accusé et que son père est contraint de bannir, ne mérite pas l’oubli relatif dans lequel il est tombé. Mais le fougueux Verdi des jeunes années a composé des rôles d’une telle difficulté technique qu’on comprend que les chanteurs aient quelque réticence à s’y attaquer. Pourtant, Roberto Biasio, qui chante Jacopo Foscari, comme Tatiana Serjan, qui est son épouse Lucrezia y brillent de tous leurs feux, peut-être pas avec une extrême finesse pour le premier, mais avec une efficacité certaine. On est de toute façon  à quelques kilomètres de Modène, la patrie de Pavarotti, où le spectacle sera repris dans quelques jours…

 

Côté mise en scène, pas de faute de goût ni d’extravagance à attendre dans ce temple du purisme verdien, où le public est particulièrement chatouilleux. Les costumes sont de couleur unie, rouge et noir pour les méchants, jaunes et verts pour les gentils. Si l’on excepte le très kitsch coucher de soleil sur Venise qui accompagne le dernier acte, tout est léger, esthétique, propice à s’effacer devant le génie de la seule vraie star de la soirée : il maestro Verdi.

Par Antonin - Publié dans : Italie
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 16:31



Chaque année, presque rituellement, il faut qu’une représentation de l’opéra de Paris soit perturbée par une grève des techniciens de l’opéra. Cette fois, c’est le Barbier de Séville de Rossini qui en fait les frais puisque la représentation du 7 octobre s’est faite sans décors. Privé de ses décors andalous, le spectacle se révèle alors dans la nudité d'un message pas toujours très subtil.

 

Il s’agit d’une transposition de l’intrigue de Beaumarchais, dans laquelle la féministe Coline Serreau veut lire l’éternelle histoire de l’oppression des femmes.  Transportés à mi-chemin entre une Andalousie des Mille et une nuit et une sorte d’Afghanistan intégriste, Figaro n’est plus le raseur du barbon mais le barbier du mollah, le docteur Bartolo est plutôt un docteur de la foi qu’un médecin et Rosine n’est plus la naïve héritière de l’Agnès de l’École des femmes de Molière, mais une femme opprimée qui entre en scène en tchador. Pourquoi pas, dira-t-on… D’autant que tout cela est finement mené, et ne s’interdit pas la légèreté sans laquelle la musique de Rossini n’est rien.

 

Pourtant, on en revient toujours là : transformer le Tamerlano de Haendel en George Bush, l’Otello de Verdi en Barack Obama ou transposer la Guerre et la Paix de Prokofiev en Irak (toutes ces idées sont de moi, tous droits réservés), si convaincante qu’en soit la mise en œuvre, reste une opération risquée qui le plus souvent s’apparente à un profond appauvrissement. L'universalité d’une œuvre ne se résume pas aux allusions qu’elle permet à l’époque contemporaine ou à une culture différente. Si l’opéra nous fait voyager hors de notre univers, la tentation permanente de l’y ramener nous prive de l’altérité qu’il nous ouvre. Cette passion des metteurs en scène pour la dimension politique des œuvres n’est pas toujours infondée, mais elle n’épuise pas les œuvres, et, bien souvent, les enferme. On ne peut toutefois pas exclure que l’absence des décors trompe un peu la perspective.

 

C’est peut-être pour s’évader de ce message un peu attendu que la mise en scène se termine par un revirement brutal, cocasse, mais guère compréhensible. Le comte Almaviva y enlève avant de chanter son dernier aria son gilet oriental, dévoilant un maillot de l’équipe de d’Italie et se met à chanter en jonglant avec un ballon tandis que le chœur brandit des drapeaux italiens. L’effet comique et l’exploit technique lui garantissent un succès mérité. Mais si l’on devine un pied de nez à l’intégrisme, si l’on imagine, pourquoi pas, une critique sous-jacente de la société de consommation et de football qui cherche à conquérir l’Orient, il semble tout de même que la cohérence théâtrale a été un peu sacrifiée à un effet comique un peu incongru.

 

Au service de ce Barbier d’un bon niveau musical, une distribution assez homogène, dominée par le pétillant Figaro de George Petean, éclatant dans l’aigu, virtuose dans les ornements, et surtout par le comte Almaviva d’Antonino Siragusa. On tient là un ténor rossinien de première qualité, virevoltant, presque trop facile techniquement, ce qui lui permet de donner libre cours à un humour de première efficacité (que l’on songe à sa manière délicieusement désinvolte de chanter « Se il mio nome »…). Seul point faible, la Rosina de la Française Karine Deshayes : comme souvent, la critique saisit la première voix française intéressante pour la porter aux nues. Mais la technique montre rapidement ses limites, notamment dans le grave où la cantatrice peine à se faire entendre alors que ses aigus claironnants soulignent le contraste. La sympathique direction du chef Bruno Campanella donne à cette soirée particulière et sans décors une dimension colorée.

 

Par Antonin - Publié dans : Opéra de Paris
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 22:41

 

 

Tout les amoureux de l’opéra s’accorderont sur un point : il faut élargir son public, et d’abord aux plus jeunes, sous peine de le voir disparaître. L’ouverture tarifaire est pour cela une voix indispensable mais non point suffisante. Offrir des places à prix réduit pour Wozzeck de Berg ou la Ville morte de Korngold, deux œuvres particulièrement exigeantes, voilà qui ne saurait suffire à initier les publics peu connaisseurs. Pour cela, il faut non seulement des tarifs, mais encore des productions adaptées, et pour ainsi dire pédagogiques.

 

Il n’y avait qu’à voir la mine réjouie des très nombreux enfants venus assister à la Flûte enchantée de Mozart au théâtre du Châtelet pour comprendre que cette mission, au moins, était parfaitement remplie. Un opéra musicalement très accessible, joliment chanté, respectueusement monté, il n’en faut pas plus pour émerveiller la jeune génération. Les spécialistes diront sans doute qu’il n’y avait rien là que de très classique. Il y a pourtant quelque paradoxe à trouver Mozart trop classique… D’autant que le classicisme n’empêche pas l’imagination, comme ce ruban virevoltant qui tient lieu de dragon au début, ce lion gigantesque mû par un marionnettiste qui traverse la représentation, ou ces arcades mouvantes qui servent de décor à l’ouverture.

 

Au service de ce travail d’instruction publique de grande qualité, un plateau de chanteurs que j’ai quelques difficultés à juger tant les places du fond de l’orchestre (deuxième catégorie !) ont une acoustique détestable. On retiendra un duo de héros juvénile et entraînant, dominé par la très belle Pamina de la soprano française Sandrine Piau. Le Sarastro de Petri Lindroos peine un peu dans le grave, mais sa voix a toute la majesté qui convient au personnage. Quant à la reine de la nuit de Uran Urtnasan Cozzoli, sa voix a du caractère et de la personnalité, chose relativement rare dans ce rôle suraigu, mais elle n’est pas exempte de quelques défauts techniques.

 

Pas que quoi atténuer l’enthousiasme de ce public rajeuni. Tant d’enfants dans une salle d’opéra ne passent pas inaperçus : chuchotements, cris, agacement et « chut » émaillent la représentation, mais le silence qui accompagne les airs de la reine de la Nuit ou de Sarastro montrent que les exploits techniques qu’ils représentent et leur grande valeur musicale n’ont rien perdu de leur capacité à subjuguer jusqu’aux plus jeunes. Et si les enfants sont contents…


La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, au téâtre du Châtelet les 1er, 3 et 4 octobre 2009.

Par Antonin - Publié dans : Théâtre du Chatelet
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 10:43

 

 

Ils étaient deux sur la scène, mais elle était seule à l’affiche. Salle Pleyel, face à Anna Netrebko, star internationale et maîtresse entre toutes de l’art de la communication, le modeste ténor italien Massimo Giordano ne faisait pas le poids. Faiblement mis en valeur par la programmation, le ténor s’en tient au rôle de faire-valoir dans les duos, mais montre vite ses limites en solo, comme lorsqu’il s’attaque au fameux « Che gelida manina » extrait de la Bohème de Puccini, où les aigus sont poussifs et le style terne.

 

Rien n’a été fait pour mettre en valeur celui dont la présence semble surtout souligner le vide laissé par le retrait contraint de Rolando Villazon, partenaire habituel de la soprano. Quant à elle, son statut de diva du moment concentre sur elle les attentions et parfois les critiques, plus ou moins légitimes (ainsi le dernier numéro de Classica reproche-t-il à la cantatrice son annulation de la première date du concert salle Pleyel, mis sur le compte des caprices de la diva, alors qu’elle était en congé maternité…). L’attente est forte, mais on n’est pas déçu. Certes, la jeune Russe joue à fond la carte de la sensualité, et le charme qu’elle opère ne tient pas qu’à la beauté du timbre. Ainsi lit-on sous la plume de Christian Merlin pour le Figaro : « L'amateur d'art lyrique aime avoir le cœur qui chavire… Mais écoutons-la sans la regarder : une jolie voix, certes, chaude et fruitée, mais peu personnelle, pas toujours souveraine dans les vocalises, d'une diction souvent floue. Rien de rédhibitoire, rien d'inoubliable ».

 

Je ne rejette pas en bloc cette analyse qui pointe des défauts parfois bien perceptibles. Mais le procès en beauté peut aussi être injuste, et il me paraît absurde de fermer les yeux devant un spectacle dont l’une des qualités essentielles est de porter aux nues la symbiose entre la chaleur de la voix et la sensualité du corps. Dans l’air de la lune extrait de la Rusalka de Dvorak, point culminant du récital, la rondeur de la voix, la mélancolie de la musique et la sensualité de la femme se marient avec une telle harmonie qu’on touche à une forme de grâce, et qu’on serait bien en peine de disséquer dans cette alchimie ce qui revient à chacun de ces éléments.

 

Si l’on atteint parfois des sommets, c’est en dépit d’un contexte peu propice à mettre en valeur la diva. Outre le ténor Massimo Giordano, la chef d’orchestre Keri-Lynn Wilson, passée le plaisir de voir enfin une femme à la tête d’un grand orchestre, fait pesamment claironner les pages orchestrales qui émaillent la soirée, au point de faire brutalement redescendre sur terre le public transporté par les airs de Netrebko.

 

Enfin, il faut souligner que la programmation de ce catalogue de tubes de l’art lyrique a été conçu en dépit du bon sens. Commencer par le  Roméo et Juliette de Gounod était déjà une gageure, qui ne laisse aucune place à la montée en intensité dramatique d’une soirée consacrée à l’opéra romantique. Mais enchaîner sans transition l’air poignant du début de Lucia di Lamermoor chanté par Netrebko avec la fameuse « furtiva lagrima » de l’Elixir d’amour de Donizetti, voilà qui explique sans doute la très terne impression laissée par le ténor. C’est d’autant plus regrettable qu’on ne peut que louer l’effort des chanteurs pour donner à leur récital une forme de théâtralité en ne restant pas figés au centre de la scène. Mais l’intensité dramatique d’un récital tient surtout à la programmation qui, clairement, a été bâclée dans sa conception comme dans son ordonnancement.




Anna Netrebko et Massimo Giordano, en concert à la Salle Pleyel, le 1er octocre 2009
Par Antonin - Publié dans : Salle Pleyel
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 14:43



L’opéra à la télévision connaît cette année un regain d’intérêt dont on ne peut que se féliciter : diffusion en direct et en première partie de soirée sur le service public des Chorégies d’Orange, de l’ouverture de l’opéra de Paris, retransmission du festival d’Aix-en-Provence sur Arte, autant d’événement aux scores d’audience honorables qui confirment que l’opéra peut séduire au-delà des cercles très fermés qui en trustent les parterres. A cette liste, on doit ajouter la « Bohème en banlieue » proposée par Arte mardi soir.

 

La télédiffusion en direct n’est en effet pas le seul moyen de mettre de l’opéra à la télévision. C’est sans doute le moins coûteux ; il a l’avantage de mettre en avant le spectacle vivant, de donner au grand public l’image la plus proche de ce qui se passe dans une salle d’opéra. Pourtant, il ne s’agit que d’une reproduction atténuée, déformée et imparfaite d’un spectacle dont on ne peut saisir complètement l’intensité hors de la salle. Et puis ces gros plans qui déforment les visages, qui exagèrent des gestes conçus pour être vus jusqu’au fond de la salle, tout cela n’est pas sans inconvénient.

 

La télévision offre pourtant de multiples possibilités, qui lui permettent d’aller bien au-delà de la simple reproduction déformée de ce qui se passe sur scène. La Bohème d’Arte, deuxième d’une série unique en son genre (après la Traviata en direct de la gare de Zurich), est dans cette veine : filmée en direct, mais depuis différents lieux de la banlieue de Berne, elle permet à l’opéra d’aller à la rencontre d’un nouveau public tout en inscrivant cette œuvre vériste dans un décor autrement plus crédible que les grands décors des salles d’opéra. L’effet obtenu est étrange, mais remarquablement probant. D’abord parce que les images sont d’une grande beauté et libèrent l’opéra de l’espace clos dans lequel les salles le confinent. Ensuite parce que la mise en scène d’Anja Horst est d’une remarquable intelligence, et inscrit l’opéra de Puccini dans un cadre qui lui va au mieux, au milieu d’un public à la fois figurant et spectateur. On retiendra en particulier cette fin irréelle, un peu absurde, mais de toute beauté, où le corps de Mimi est emmené par un bus sur fond de logements sociaux tandis que Rodolfo s’effondre sur le béton. C’est vraiment du très grand art.

 


Sur la forme, l’alternance entre les actes, et les commentaires des présentateurs ainsi que des chanteurs eux-mêmes est un choix plus discutable. On mettra à leur crédit la respiration qu’ils donnent à un spectacle dont la durée pourrait lasser les spectateurs. Mais tout de même, de voir ces chanteurs passer successivement de leur personnage à leur statut de chanteurs-analystes de leur art a quelque chose de déconcertant, et de dommageable pour l’intensité dramatique d’ensemble.

Par Antonin
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